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Deux femmes dans la tourmente

Nathalie Bondil et Maripier Morin
Photos agence qmi, Joël Lemay, d’archives, Agence QMI Nathalie Bondil et Maripier Morin

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Cette chronique porte sur le sort réservé à Nathalie Bondil et à Maripier Morin. Madame Bondil vient d’être jetée hors du Musée des beaux-arts de Montréal, où elle était directrice générale et conservatrice en chef depuis 2007. Maripier Morin a été éradiquée de toutes les scènes publiques à la suite d’une dénonciation pour harcèlement sexuel.

Nathalie Bondil a permis au MBAM de prendre place parmi les musées du monde les plus remarquables pour ses expositions et l’augmentation exceptionnelle du public fréquentant ses activités.

Cette femme est une surdouée. Sa force de caractère, sa jovialité, sa vision de l’art et sa puissance de travail provoquent adhésion ou crainte. D’ailleurs, les reproches que lui a faits celui qui a eu sa peau, c’est-à-dire, pour parler clairement, le président du CA depuis un an, Michel de la Chenelière, sont teintés de préjugés et sont sexistes, dirions-nous. Il lui reproche à vrai dire des défauts qui seraient perçus comme des qualités si madame Bondil était monsieur Bondil. Son autorité naturelle devient un comportement autoritaire. Les tensions qu’elle créait parmi les différents membres du personnel sous sa gouverne seraient des « défis », appliquées par un homme.

Nathalie Bondil aurait dû intervenir plus tôt sur le climat « toxique » qui existait à l’interne. Mais le président de la Chenelière lui reprochait aussi de le « picosser » en permanence. Mais sur quelle partie de sa personne le « picossait-elle », a-t-on envie de savoir ?

Intempestif

On ne congédie pas une pareille directrice, dont le succès serait spectaculaire et qui commandait l’admiration de ses pairs aux États-Unis comme en Europe.

Hélas, Nathalie Bondil, dans sa naïveté – eh oui ! –, a ignoré à quel point elle peut susciter l’envie et la jalousie, deux pulsions humaines qui expliquent tant de comportements humains et vengeurs.

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C’est bien connu. Les deux frères Desmarais, André et Paul, grands mécènes du musée, sont en délicatesse depuis des années à cause de leurs femmes respectives qui ne s’entendent pas. Madame Bondil a reçu l’appui d’André, et Michel de la Chenelière celui de Paul, beau-père de la nouvelle directrice de la conservation, Mary-Dailey Desmarais. Celle-ci est aussi appuyée par la totalité de la direction de la conservation, alors que Nathalie Bondil s’était opposée à sa candidature.

Selon Pierre Bourgie, mécène et membre du CA, madame Bondil aurait dû se laisser congédier pour ne pas nuire au musée afin de « sortir par la grande porte ». Comme trop de femmes soumises ont agi dans le passé, peut-être.

Oubliées

Ni Maripier Morin ni Nathalie Bondil n’ont reçu d’appuis des militantes d’un féminisme guerrier. Pas surprenante, cette inaction de femmes qui perpétuent la victimisation des femmes.

Maripier Morin est la seule parmi toutes les personnes dénoncées à subir l’opprobre absolu. Elle est rayée de tous les médias qui l’ont contenue. Il s’agit de la réaction la plus violente à l’égard d’une vedette dénoncée.

Il ne reste donc plus qu’à organiser sa lapidation publique dans le quartier des arts à Montréal devant une foule d’internautes déchaînés et de Safia Nolin. 

Voici d’ailleurs un tweet envoyé le 24 janvier 2014 par Safia Nolin à Stromae, le compositeur-interprète génial : « Je suis lesbienne et je veux ton pénis ».

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