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La toute dernière enquête de Kouplan

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Photo courtoisie Sara Lövestam

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Pour celles et ceux qui ont suivi avec intérêt les enquêtes du réfugié iranien Kouplan, ce dernier opus intitulé Là où se trouve le cœur sera peut-être un coup de cœur. L’écrivaine suédoise Sara Lövestam nous en parle. 

Au Québec comme ailleurs, Sara Lövestam a tout de suite remporté un immense succès avec Chacun sa vérité, le premier volet d’une série consacrée à un jeune clandestin d’origine iranienne qui, pour pouvoir se payer à manger, devra s’improviser détective. Son nom ? Kouplan. C’est en tout cas comme ça qu’il préférera se faire appeler, une fois arrivé en Suède. Parce que comme certains le savent déjà, Kouplan, dont le vrai prénom a jadis été Nesrine, est un transsexuel.

« Pour ce premier volet, j’avais en tête l’idée d’une petite fille qui allait disparaître et de quelqu’un qui allait essayer de la retrouver, explique Sara Lövestam, qui a été jointe chez elle, à Stockholm. Mais je ne voulais pas que ce quelqu’un soit flic, parce que la police ne m’intéresse pas et qu’en plus, je ne connais pas grand-chose à ce milieu. Je savais qu’écrire ce roman exigerait près d’un an de travail, alors il était important pour moi de créer un personnage complexe dont je n’allais pas me lasser. »

<strong><em>Là où se trouve le cœur</em><br>Sara Lövestam</strong><br>aux Éditions Robert Laffont<br>342 pages
Photo courtoisie
Là où se trouve le cœur
Sara Lövestam

aux Éditions Robert Laffont
342 pages

« À ce moment-là, dans les médias, on parlait beaucoup des communautés underground d’immigrants, poursuit Sara Lövestam. On y affirmait qu’elles constituaient une grande menace pour la société suédoise. Pourtant, du temps où j’enseignais le suédois aux immigrants – dont certains étaient des illégaux –, aucun de mes étudiants n’a jamais collé à ce profil de criminels louches. Au contraire. Je me suis donc inspirée d’eux pour créer le personnage de Kouplan, car je n’étais vraiment pas d’accord avec ce qu’en disaient les médias. Et puis j’aime avoir des héros surprenants dans mes livres. Ils peuvent être hommes ou femmes, suédois ou étrangers, hétérosexuels ou gais. Ou même transsexuels parfois. Dans mon entourage, il y en a beaucoup. » 

Chercher le frère

Depuis 2016, on peut ainsi suivre les enquêtes de Kouplan, dont le boulot de détective sans papiers a commencé avec cette petite annonce toute simple : « Si la police ne peut rien pour vous, n’hésitez pas à faire appel à moi. » Une petite annonce qui vaut aussi pour lui, puisque la police ne peut l’aider à retrouver son frère Nima, qui a été arrêté et enfermé dans une prison iranienne pour ses activités contre le régime. Mais comme ça s’est passé il y a déjà plus de huit ans, Kouplan a toutes les raisons de croire que Nima a réussi à s’enfuir et oui, il est bien décidé à retrouver sa trace.

« Là où se trouve le cœur est différent des trois précédents tomes, précise Sara Lövestam. Jusqu’à présent, Kouplan a toujours travaillé pour les autres. Mais là, je tenais à ce qu’il travaille pour lui en partant à la recherche de son frère. » 

Une nouvelle enquête qui aurait sans doute été nettement plus facile si Kouplan s’était encore appelé Nesrine et si les hormones ne l’avaient pas rendu totalement méconnaissable. Car ce n’est certes pas avec la tête qu’il a maintenant que son frère risque de le reconnaître au premier coup d’œil ! Néanmoins, ce changement d’apparence aura un avantage : permettre à Kouplan de retourner au Kebab d’Azad sans courir le risque d’être identifié, même si quantité d’autres immigrants illégaux lui ont succédé en cuisine. Il tient en effet mordicus à y récupérer une photo de Nima, et ce faisant, il apprendra que l’un de ces clandestins a récemment été assassiné. « Ayant désormais son permis de séjour, un endroit sécuritaire où loger et un stage rémunéré, Kouplan voudra donc abso-lument faire quelque chose pour ces réfugiés qui sont maltraités et exploités parce qu’ils n’ont rien et presque tout à perdre », ajoute Sara Lövestam. 

Revenir à la normale

Bien ficelée, l’intrigue nous donne un excellent aperçu de la misère de ces hommes et de ces femmes qui ne peuvent se plaindre à la police ou parler des sévices dont ils sont régulièrement victimes, de peur d’être renvoyés illico presto dans leur pays d’origine. 

Quant à Kouplan, il n’aura probablement jamais été aussi bien dans sa peau de toute sa vie. Ce qui lui permettra d’ailleurs de nous quitter sur une note positive, Là où se trouve le cœur étant le quatrième et dernier tome de la série. « Je sais que ça va paraître bizarre, mais je sentais qu’il fallait que je le laisse partir, que je le laisse continuer à vivre loin des projecteurs, souligne Sara Lövestam. Et puis je souhaitais aussi revenir à ce que j’ai l’habitude d’écrire, à savoir des romans tout court. La série Koupland a ainsi été pour moi très amusante à faire parce que je ne suis pas une auteure de polars ! »