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Les délices de Tourville

<strong><em>Rendez-vous à Tourville</em><br>Pierre Rancourt</strong><br>VLB éditeur<br>248 pages
Photo courtoisie Rendez-vous à Tourville
Pierre Rancourt

VLB éditeur
248 pages

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Il y a des romans qui sont comme des bonbons : un petit truc pour adoucir la journée, une saveur qui donne envie de replonger dans le sac. Et Rendez-vous à Tourville goûte vraiment très bon.

Pierre Rancourt lance une mise en garde dès l’ouverture de son premier roman : il s’est inspiré de son enfance, mais ce n’est pas une autobiographie. Quoique...

Puis ça démarre, avec belle humeur : « Mes parents suivaient la méthode du calendrier. Alors, ce qui devait ne pas arriver arriva. C’est-à-dire moi. »

Il ne fut pas le seul bébé, puisque les couples du village avaient suivi une retraite paroissiale où le mot d’ordre du prêtre avait été clair : reproduisez-vous ! Chacun était passé à l’action, et ainsi la population de Tourville s’était-elle enrichie de nouveaux paroissiens.

Daniel, narrateur du récit, nous raconte tout ça du haut de ses neuf ans.

On est au milieu des années 50, alors que Tourville est pour lui au centre du monde puisque situé pile à mi-trajet entre la ville de Québec et Edmundston au Nouveau-Brunswick. Les trains y arrêtent pour faire le plein de charbon.

Mais la modernité approche à grands pas et les locomotives à moteur diesel ont commencé à circuler sur les rails. Surtout, les premiers téléviseurs viennent d’arriver au village, au magasin de Ti-Gilles Fournier.

Pour Daniel, c’est la révélation. Lui, l’enfant non sportif, mais amoureux des mots et des livres, trouve tous les prétextes pour aller chez la voisine écouter la télé et découvrir toutes les histoires qu’elle a à offrir. Et avoir un coup de foudre absolu pour Janette Bertrand.

Sa famille à lui est trop modeste pour se procurer l’appareil, et puis chacun a ses occupations, en fait ses soucis. Et du plus gros, on ne parle surtout pas : la mort de sa petite sœur Rachel, dont Daniel a été témoin. À qui confier sa peine ? Mais à sa chère Janette ! Il lui écrira.

Ce sombre drame, c’est la réglisse noire au cœur du bonbon. Mais autour, il y a l’emballage dans son papier chatoyant, puis toutes les couches de sucre coloré, et encore les grains qui rajoutent à la douceur. 

Une époque

Car Daniel nous raconte la vie d’un village et toute une époque se dessine, telle que vue par un enfant. Duplessis, les directives du clergé, les accidents de voiture sur les routes mal dessinées, les spectacles de la salle paroissiale... 

Les amoureux de l’histoire populaire du Québec seront servis par les multiples références culturelles et sociales qui ponctuent le récit. Les amateurs de phrases joliment tournées seront aussi au Rendez-vous à Tourville – on devine l’amusement qu’a eu l’auteur à piger dans les mots que la langue lui offre.

Et les gens sensibles aux histoires simples sans être simplistes aimeront voir comment un petit garçon garde en son cœur un drame terrible tout en jetant un regard pétillant sur la vie. 

Et tout ça donne grande envie d’autres bonbons !