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Les vautours au-dessus de l’Union européenne

Les vautours au-dessus de l’Union européenne
Photo AFP

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La Chine, la Russie et les États-Unis volent comme des vautours au-dessus de l’Union européenne (UE). Ils sentent que sa fin de vie pourrait être proche. Les dirigeants de l’Union le pensent aussi. Emmanuel Macron a déclaré que le moment de vérité était arrivé pour l’UE. Ses 27 dirigeants sont réunis à Bruxelles pour discuter de mesures de relance économique à la suite de la COVID-19. 

Même si l’UE parvient à un accord satisfaisant, ce qui est douteux, son mode de décision la paralyse. En effet, les questions importantes y sont décidées à l’unanimité. Rien ne permet d’être optimiste face à l’UE, sauf si elle est reconstruite autour des pays qui sont ses piliers. 


Quels sont les enjeux de la crise actuelle ?

L’argent est au cœur des dissensions européennes. Certains pays du nord, en particulier l’Autriche, le Danemark, la Finlande, la Hollande et la Suède, ne voient pas pourquoi ils avanceraient l’argent que demandent des pays du sud de l’Europe. Comme dans la fable La Cigale et la Fourmi, les pays besogneux et austères du nord reprochent à ceux du sud leur désorganisation, leur train de vie dépensier et leur corruption. Entre les deux, certains comme la France tentent de ménager les uns et les autres, tandis que l’Allemagne soutient le sud. Le plan de relance économique demandé par le sud atteint 750 milliards d’euros. Les pays du nord voudraient donner moins et surtout, imposer des réformes aux pays du sud.


D’autres Brexit sont-ils à prévoir ?

Pour compliquer les choses, des voix s’élèvent pour exiger de la Pologne et de la Hongrie, qui deviennent de plus en plus autoritaires, que le financement de l’UE soit conditionnel au respect des valeurs démocratiques. Les dirigeants hongrois et polonais ne veulent rien entendre et menacent d’imposer leur veto si l’UE tente d’aller dans ce sens. Ces pays pourraient même sortir de l’UE.


Que souhaitent les Américains, les Chinois et les Russes ?

En cas de rebuffade, certains pays pourraient resserrer leurs liens avec Pékin, Moscou ou Washington. Par exemple, la Chine a massivement investi en Grèce. D’ailleurs, des investisseurs chinois font miroiter aux Grecs de faramineux projets immobiliers destinés à accueillir des masses de touristes asiatiques. Les Russes poussent leurs projets de gazoducs. Les Américains veulent vendre leur gaz de schiste. Au fond, tous ces pays veulent vendre leurs produits aux Européens, en évitant que les Européens s’organisent.


Quel est le cœur du problème de fonctionnement de l’UE ?

Seule une poignée de pays, dont l’Allemagne et la France, est capable d’organiser l’Europe. Mais pour y parvenir sans guerre, ces pays ont fait des concessions extraordinaires à de petits pays, comme la Grèce, la Hongrie ou le Luxembourg. Tant que les États-Unis étaient sympathiques à l’Europe ou que la Chine et la Russie étaient trop faibles pour y investir, il était possible de faire pression sur ces petits pays. Ce n’est plus le cas.


Quels sont les autres problèmes ?

Les grands pays européens sont aux prises avec de nouveaux fléaux qu’ils ne savent pas bien combattre. L’Italie a plus de retraités que de travailleurs. Les islamistes continuent leur prosélytisme religieux et politique. Les immigrants continuent à débarquer, alors que les taux de chômage demeurent élevés. Loin d’avoir suscité des réflexes de solidarité, la crise de la COVID-19 a exacerbé les réflexes égoïstes des États européens. Rien ne permet de croire que ceci changera.