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L’impôt nuit-il à votre enrichissement financier?

L’impôt nuit-il à votre enrichissement financier?
Illustration Adobe Stock

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Un mythe tenace persiste dans l’esprit de nombreuses personnes, cette idée d’une frontière au-delà de laquelle se trouve un territoire nommé « Nouvelle-Bracket-d’Impôt » où rôde un ogre appelé « Le Fisc ». 

Selon cette légende, le monstre vous bouffera la moitié de votre paie si vous avez l’audace de déposer le petit orteil dans la zone maudite !

C’est tellement épeurant, ça donne envie de rester chez soi ! 

Ce conte véhicule une conception erronée de la fiscalité, une croyance qui fait en sorte qu’en voulant sauver de l’argent des griffes de la bête, on nuit à son propre enrichissement. Cette conviction qu’ont certains les amène à prendre de mauvaises décisions, notamment en ce qui a trait aux heures supplémentaires au travail, mais aussi en matière de stratégies fiscales.

Une enquête pancanadienne sur la littératie fiscale a mis récemment en relief cette méconnaissance que nous avons de la manière dont sont perçus les impôts.

J’ai reçu quelques messages qui confirment les conclusions de cette étude à laquelle a participé la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.  

Des lecteurs réagissaient à ma récente chronique intitulée « Connaissez-vous bien tous les prélèvements sur votre paie ». J’écrivais qu’un revenu de 50 000 $ était soumis à un « taux moyen » d’imposition de 20,2 % et que celui-ci grimpait à 29,2 % sur un salaire de 100 000 $. Ça en a surpris plusieurs.

« Comment ? À 100 000 $, ne paie-t-on pas presque 50 % d’impôt ? » m’a-t-on demandé. Eh bien, non, voici pourquoi. 

Un système par paliers

La confusion tire ses origines d’une caractéristique bien réelle de notre régime fiscal, les paliers d’imposition. Notre système est progressif, ce qui veut dire que plus les revenus sont élevés, plus ils sont lourdement imposés.

Contrairement à la croyance cependant, tous les dollars qui composent notre salaire ne sont pas frappés par un taux d’imposition uniforme qui augmente à mesure qu’on franchit de nouveaux seuils de revenus.

Il faut décomposer nos revenus par tranches. Sur chacune de ces tranches s’applique un taux d’imposition différent, quelle que soit la rémunération totale. 

La première tranche de 13 000 $, par exemple, n’est pas imposée du tout, pour personne, qu’on soit vice-président d’entreprise ou commis de magasin. La deuxième l’est un peu, la troisième un peu plus, la suivante davantage encore, et ainsi de suite.

En combinant l’impôt fédéral et celui de Québec, dont les échelles d’imposition n’augmentent pas de façon synchronisée, on compte ici une dizaine de paliers d’imposition. Le taux le plus élevé est de 53,31 %. En 2020, il frappe les revenus supérieurs à 214 368 $, donc le 214 369e dollar et les suivants. 

Seulement les derniers dollars gagnés sont imposés au taux le plus élevé. C’est pourquoi on parle de « taux marginal d’imposition », c’est l’impôt payé par un contribuable sur son dernier dollar, à la marge. 

Les revenus compris entre 97 069 $ et 108 390 $ sont imposés à un taux de 45,71 % (2020). Quelqu’un qui gagne 100 000 $ paie ce taux sur une petite tranche seulement de sa rémunération, soit la portion supérieure à 97 069 $. En dessous, il se trouve six autres tranches sur lesquelles l’impôt est moins élevé (41,12 % ; 37,12 % ; 32,53 % ; 27,53 % ; 12,53 % ; 0 %). 

C’est en faisant la moyenne de l’impôt payé sur l’ensemble du revenu de 100 000 $ qu’on arrive autour de 29 %. 

On ne change pas de « bracket »

Il n’y a donc pas de raison d’avoir peur d’accumuler des heures supplémentaires et de faire plus d’argent. On ne change pas de « bracket » d’impôt qui nous fait soudainement basculer dans un monde où le fisc nous bouffe toute notre paie.

Ce qu’on gagne déjà ne sera pas plus imposé parce qu’on augmente sa rémunération. Ce n’est que sur les revenus supplémentaires, s’ils franchissent un nouveau palier, qu’on paiera un peu plus d’impôts.

Il est essentiel de comprendre cette mécanique, car elle explique la majorité des stratégies fiscales, notamment l’utilisation du REER et le fractionnement de revenu chez les retraités.