/world/america
Navigation

Multiplication des protestations de soignants épuisés et démunis

Coup d'oeil sur cet article

Les protestations de soignants se multiplient en Amérique centrale où les hôpitaux sont au bord de l’effondrement, à l’exception, pour le moment, du Costa Rica.

Guatemala

Au Guatemala (17 millions d’habitants, 32 939 cas avérés et 1350 décès), des médecins ont menacé de cesser le travail s’ils continuent à ne pas être payés et s’ils n’étaient pas dotés de matériel de sécurité sanitaire.

Députés, ombudsman et une organisation de défense des droits de l’Homme alertent, eux aussi, sur la situation catastrophique dans les hôpitaux du pays.

De son côté, le président guatémaltèque, Alejandro Giammattei, dément que ces établissements soient submergés. 

Des images diffusées par l’AFP et la Représentation pour les droits de l'Homme (RDH) montrent des salles d’hôpitaux saturées et dans l’incapacité de recevoir les malades et des poubelles qui s’amoncellent.

Salvador

Au moins 25 médecins et 40 autres personnels soignants sont morts du coronavirus au Salvador, selon le syndicat des médecins qui a manifesté, mardi, pour réclamer du matériel de protection.

Encore jeudi, un millier de soignants ont défilé dans la capitale pour exiger des mesures de confinement strictes.

«Nous ne voulons pas encore plus de morts, encore plus de contagion. Nous exigeons la quarantaine, sinon le système de santé va s’effondrer», a déclaré à l’AFP le Dr Ricardo Monge, l’un des organisateurs.

Le Salvador [6,6 millions d’habitants], comptabilise officiellement près de 11 000 cas, dont 298 morts.

Honduras

Des médecins du nord du Honduras ont menacé d’abandonner leur poste à l’hôpital si le gouvernement n’ordonne pas la fermeture des établissements de restauration rapide et les usines pour l’exportation qui constituent des foyers d’infection.

«Nous devons dire que si les "maquilas" [ateliers d’assemblage pour l’exportation] ne ferment pas, nous fermons les hôpitaux», a averti, au bord des larmes, le vice-président du Conseil de l’ordre des médecins, le Dr Samuel Santos.

Au Honduras [9,3 millions d’habitants] , on compte plus de 30 000 cas avérés et plus de 800 décès. Des experts estiment cependant que ces chiffres sont sous-estimés.

Quatre centres de tri des malades ont été improvisés dans le pays, dont l’un au nouveau siège de la présidence. Sans ces installations, les hôpitaux seraient totalement submergés, a reconnu le président hondurien Juan Orlando Hernandez.

Plus d’une douzaine de soignants sont morts du coronavirus, et la porte-parole de la Sécurité sociale à Tegucigalpa a reconnu que, pour un seul hôpital de la capitale, un demi-millier de médecins et infirmières ont été contaminés.

Des centaines de personnes ont manifesté, mercredi, pour protester contre la corruption, qui a battu son plein dans les procédures d’achat de matériel médical, selon la présidente du Conseil de l’ordre des médecins, la Dr Suyapa Figueroa.

Le gouvernement a payé 47 millions de dollars pour sept hôpitaux de campagne de 400 lits. Deux seulement sont arrivés au port (peut-être incomplets) et sont bloqués en douane, faute de factures.

Panama

Une cinquantaine de médecins ont manifesté jeudi devant, l’hôpital Arnulfo Arias Madrid, le plus grand du Panama, pour réclamer du matériel de protection et de dépistage, et l’embauche de soignants.

«Je suis médecin, pas martyr», «Nous aussi nous tombons malades», proclamaient des pancartes brandies par les manifestants épuisés par quatre mois de lutte contre le virus.

Jeudi, le pays de quatre millions d’habitants comptabilisait un millier de morts et plus de 50 000 cas avérés. Et les statistiques s’envolent, avec plus de 1100 cas dépistés quotidiennement.

Nicaragua

Au Nicaragua, c’est le «déni» du gouvernement du président Daniel Ortega qui est dénoncé par les médecins. 

Plus d’une quinzaine de médecins de la santé publique ont été licenciés en pleine pandémie pour avoir critiqué dans deux lettres ouvertes la gestion de la crise par les autorités.

Le Nicaragua est le seul pays d’Amérique centrale à ne pas avoir ordonné des mesures de confinement. Les autorités organisent même des manifestations et des rassemblements, même si elles ont renoncé aux célébrations de masse, dimanche, pour le 41e anniversaire de la révolution sandiniste qui a renversé la dictature des Somoza.

«Il est interdit aux médecins d’écrire COVID-19 sur les certificats de décès. Ils doivent mettre pneumonie atypique ou une autre cause de décès», selon le Dr Gustavo Mendez, l’un des médecins licenciés.

Le Dr Mendez a décidé, comme beaucoup de ses confrères licenciés, de poursuivre la lutte contre le coronavirus avec les moyens du bord, et a installé une salle de consultation dans sa salle de séjour. 

Les statistiques officielles, largement sous-évaluées, selon les médecins, faisaient état la semaine dernière de 2846 cas avérés et 91 décès.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.