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École Pierre-Dupuy: pénible fin de session en ligne

Leur rentrée à l’université cet automne ne sera pas comme ils l’avaient imaginée

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie Rafiul Haque, 20 ans, a passé beaucoup de temps devant son ordinateur pendant le confinement. Un peu pour étudier, mais surtout pour spéculer sur le marché des échanges de devises, ce qui lui rapporte peu à peu de l’argent.

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Depuis les trois dernières années, Le Journal observe le parcours d’une dizaine de diplômés de l’école secondaire Piere-Dupuy, qui a déjà été l’une des plus mal aimées de Montréal. Nous les suivons pendant cinq ans.


La plupart des diplômés de l’école Pierre-Dupuy que Le Journal suit pendant cinq ans ont trouvé laborieux de terminer leur session d’étude à distance en raison de la pandémie, au point où certains ont abandonné des cours ou songé à repousser leur entrée à l’université.

Au début, Aram Mansouri appréciait de pouvoir se lever à 8 h 29 avant de se mettre devant un cours en ligne... à 8 h 30. 

« Je me disais : enfin, je pouvais dormir plus », raconte-t-il.  

Et puis le confinement s’est étiré, au point où une bonne partie des cours universitaires et collégiaux se donneront aussi de façon virtuelle l’automne prochain. 

« Okay, mais là, je ne veux plus ça. Je veux voir mes camarades de classe », s’impatiente-t-il. 

En raison de la pandémie, plusieurs ont perdu leur emploi ou été irrités par l’isolement du confinement. Mais pour la plupart, le principal impact de la COVID-19 aura été de les forcer à s’adapter aux études à distance, ce que la majorité a trouvé ardu ou démotivant. 

« J’ai vraiment détesté. J’ai failli annuler mon année [l’automne prochain] à cause de ça », dit Bianca Goudreault-Beaupré, qui commencera l’université en psychoéducation en septembre. 

C’est d’ailleurs la décision qu’a prise Rafiul Haque, qui a annulé deux des quatre cours de cégep qu’il lui restait pour compléter le programme de sciences de la nature, quitte à poursuivre à l’automne.

« C’était horrible. J’ai essayé pendant deux semaines... Écouter le prof qui parle tout seul... », commence-t-il en soupirant.

« J’aime être présent, parler aux gens », explique celui qui était connu pour être rassembleur au secondaire.

« Complètement larguée »

Marion Caucanas, elle, a tenu bon et a fini par s’adapter, mais au prix de grands efforts. 

Elle commençait justement à gagner en assurance dans sa technique en réadaptation physique quand la pandémie est arrivée. Un de ses stages pratiques a été converti en exercices à faire à la maison.  

« J’étais complètement larguée. J’avais perdu tous mes repères », raconte-t-elle. 

Un bruit dans la maison suffisait à la déconcentrer. Son horaire n’était plus ponctué par les déplacements au cégep ou les moments d’étude à la bibliothèque.

« J’ai dû apprendre à me concentrer chez moi. Ça a coupé dans ma procrastination », avoue-t-elle en riant. 

Certains ont d’ailleurs vu des avantages à l’étude à distance. Avant le confinement, Jimmy Lam avait tendance à être « vaguement » organisé, à se contenter d’écouter en classe. Les cours à distance l’ont poussé à être plus structuré. 

Eugénie-Laurence Fafard-Drareni a même été « impressionnée » par la rapidité avec laquelle sa faculté a tout transféré en ligne. 

Incertitude

La moitié des jeunes que suit Le Journal sont toujours incertains de leur choix de carrière, mais acceptent de plus en plus l’idée de ne pas savoir ce que l’avenir leur réserve.

Après avoir brièvement commencé une technique juridique à l’automne, Jasmine Trudel Valcour s’apprête à entrer à l’université en criminologie à l’automne. 

« J’espère que ça va être ça, parce que sinon je vais devoir me trouver un autre ‘‘ça’’ », résume-t-elle. 

Bon nombre de participants avaient causé la surprise il y a un an en changeant de voie ou de programme. Cette année, rares sont ceux pour qui le brouillard s’est dissipé.

« Mais ça ne m’inquiète pas », nuance Eugénie-Laurence Fafard-Drareni, qui vient de terminer sa première année en droit à l’université. 

Tout pour ne pas contaminer leur famille  

Pierre-Dupuy An 4
Photo Dominique Scali
  • Bianca Goudreault-Beaupré, 20 ans  
  • Entrera à l’université en psychoéducation    

En raison de la crise sanitaire, elle a dû faire une croix sur les contacts physiques avec son copain et redoubler de vigilance pour ne pas contaminer son grand-père de 73 ans, avec qui elle habite. 

« Je lavais tellement mes mains que ça me brûlait », raconte-t-elle. 

Comme elle n’a jamais cessé de travailler en pharmacie, la pandémie a été une grande source de stress... et l’est encore.

Pendant trois mois, elle n’a pas pu voir son copain, avec qui elle est en couple depuis plus de trois ans, puisqu’il a lui aussi une personne à risque dans sa famille. 

« Ça a été une des choses les plus dures du confinement », avoue-t-elle.  

Avec le déconfinement, ils ont enfin pu recommencer à se voir en personne, tout en gardant leurs distances. Avec une possible deuxième vague d’infection qui approche, elle ne sait pas pendant combien de temps cette période durera. 

« Juste d’y penser, j’ai le goût de pleurer », dit celle qui doit presque vivre une relation à distance... alors que son amoureux habite tout près, sur la Rive-Sud.  

Elle garde le cap  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie

Zayane Valcour, 20 ans  

  • Entrera à l’université en enseignement au primaire  
  • Elle est une des rares à garder le cap sur son plan de carrière initial.      

Quand l’annonce d’un possible confinement est tombée, elle se trouvait dans un cours d’histoire. « Le prof a dit : “Là là, ça c’est un vrai moment historique” », raconte celle qui a été impressionnée par l’aspect « post-apocalyptique » des rues désertes. 

Confinement en famille  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie
  • Jasmine Trudel Valcour, 20 ans  
  • Entrera à l’université en criminologie    

« [La pandémie], je vois ça comme une manière de repartir à neuf. Tu es libre de recommencer là où tu voulais. »

Le fait d’habiter chez ses parents lui a donné l’occasion de vivre le confinement en famille. Avec le retour d’un de ses frères qui vivait en Australie, elle a retrouvé les grandes tables remplies de son enfance. « Ma mère me disait : “Je pense que je t’ai plus vue depuis deux semaines que dans les six derniers mois”. »

Devenir ambidextre  

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Photo courtoisie
  • Jimmy Lam, 20 ans  
  • Continuera sa technique en radio-oncologie    

Il a passé le confinement en famille, ses parents ayant dû fermer leur restaurant. Il en a profité pour essayer des choses qu’il n’aurait jamais eu l’idée de faire normalement, comme d’utiliser sa main gauche alors qu’il est droitier. Pas évident de manger ainsi avec des baguettes, dit-il en riant.

Au boulot et en amour  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie
  • Thierry Trudel Valcour, 21 ans  
  • Continuera à travailler comme barman à Rimouski... ou comme gérant    

Il rêve de créer sa bière, qu’il servirait un jour dans son restaurant. Il s’est questionné pendant le confinement, les bars étant durement affectés. 

« Une chance que c’est pas cette année que j’ai ouvert ma [brasserie] ! »

Il est tombé amoureux avec une Rimouskoise et est maintenant en couple. « On s’aime beaucoup », sourit-il.  

Passionné des marchés  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie
  • Rafiul Haque, 20 ans  
  • Continuera en sciences de la nature au cégep    

Sa passion pour le marché des échanges de devises est ce qui l’a occupé cette année. « Je mettais 16 à 18 heures par jour à apprendre. » Il est persuadé de devenir millionnaire un jour, mais compte toujours étudier en génie mécanique. Il est d’ailleurs très fier de sa nouvelle Honda Accord 2013 qu’il a magasinée pendant huit mois. « Une première auto de rêve », dit-il.  

Gagner en assurance  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie
  • Marion Caucanas, 20 ans  
  • Continuera sa technique en réadaptation physique    

« J’ai été en maîtrise de moi », dit celle qui a réussi à surmonter son stress pour un gros examen qui intégrait toute la matière vue depuis le début de son programme. Elle a aussi fait son premier stage d’envergure dans un CHSLD avant le confinement. « C’est difficile de me souvenir du temps où j’allais à l’école. Ça semble tellement loin [...] Une année qui a passé vite, mais étrangement longue. » 

Sur le marché du travail  

Pierre-Dupuy An 4
Photo Agence QMI, Steve Madden
  • Mylie-Anne Laurin Quezada, 20 ans  
  • Commencera à travailler comme technicienne en éducation spécialisée à Montréal    

Elle est la première à entrer sur le marché du travail dans le domaine pour lequel elle a étudié. « L’université, je sais que je veux y aller, mais je ne sais pas dans quel programme. » Elle compte passer la prochaine année à travailler et à compléter ses cours de base au cégep. 

Elle habite maintenant en appartement avec son copain. 

Heureuse à Québec  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie
  • Eugénie-Laurence Fafard-Drareni, 19 ans  
  • Continuera à l’Université Laval en droit     

« Je suis tellement épanouie à Québec », où elle a déménagé à l’automne. « À Montréal, j’étais trop dans ma zone de confort. » Elle s’est impliquée dans son association étudiante. Et bien qu’elle respecte les règles et se réjouit de voir la baisse des émissions de gaz à effet de serre, son envie de voyager commence à la démanger, avoue-t-elle. 

Un long parcours  

Pierre-Dupuy An 4
Photo courtoisie
  • Aram Mansouri, 20 ans  
  • Poursuivra à l’université, mais en physiothérapie, optométrie ou médecine dentaire     

Aux dernières nouvelles, il était 23e sur la liste d’attente en optométrie. « Mais j’essaie de ne pas y penser », dit-il. 

Il est content de sa première année d’université en biochimie, mais il réalise que la pratique d’un métier concret l’intéresse plus que l’idée de devenir chercheur.