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Oui au masque, non au pas de trop

Canadien de Montréal
Photo Pierre-Paul Poulin Le port du masque est exigé partout. Notre collègue Jonathan Bernier a même eu droit à une prise de température à son arrivée au Complexe Bell à Brossard où se déroule le camp d’entraînement du Canadien.

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Je porte le masque. Pour protéger les autres et contribuer peut-être à me protéger. Je me dis que la COVID-19 est une exception. Comme de voir le Canadien en séries éliminatoires et jouer à huis clos.

Mais je suis conscient que je donne malgré moi une carte blanche à la Santé publique. Déjà, le docteur Horacio Arruda a déclaré hier qu’il pourrait à l’avenir imposer le masque au Québec en cas de grippe ou de rhume.

Après, ça va être la crème solaire 30 quand il va faire soleil qui va être obligatoire et on va contrôler les achats de beurre et de fromage au IGA pour veiller sur mon cholestérol. 

En théorie, l’État a raison. Pourquoi payer pour soigner un cancer de la peau quand on peut imposer la crème solaire ? Pourquoi soigner l’obésité quand on peut bannir les barres de chocolat ?

Pourquoi ne pas imposer la pesée obligatoire hebdomadaire sur une « balance » reliée par un petit logiciel à la Santé publique ? Avez-vous pensé une seconde aux milliards sauvés si tous les Québécois respectaient leur poids santé ? 

Et puis, si c’était bon pour la cigarette et le tabac, pourquoi ce ne le serait pas pour votre graisse ?

C’est irréversible, je l’ai vécu dans les grandes années de l’URSS. Quand l’État se met à vouloir ton bien, tous les prétextes et tous les empiétements sont justifiés. Parce que c’est toujours pour le bien de tous et donc du mien.

Donc, je porte le masque en me disant qu’on pourra toujours essayer de réfléchir ensemble quand la situation aura retrouvé une certaine normalité et voter contre ceux qui ne respecteront pas la ligne fine...

Il y a une ligne

Parce qu’il y a une ligne. Toute la question et même toute la vie démocratique sont fondées sur le sens de cette ligne. Entre les droits collectifs et les droits des individus. Et quand on laisse le Pouvoir la franchir sans réagir, les conséquences sont abominables.

J’étais à Moscou en juillet 1980 pour couvrir les Jeux olympiques. Je venais de vivre le Front commun de 1972, la prise du pouvoir par le Parti québécois, un parti social-démocrate, les Olympiques de Montréal pris en otage par les syndicats et je me disais que le Québec progressait vite.

Mais après deux semaines à me trimbaler sur la Place Rouge, au misérable Goum, dans la rue Arbat et la rue Gorki, après des lunchs et des dîners passionnants avec Viktor Martinoz de l’Agence Novosti et informateur du KGB, avant même d’apprendre à mon retour par l’éditeur Roger Lemelin que j’étais passé à un poil de me faire expulser de l’URSS en direction de l’Allemagne...

En regardant défiler les camions militaires qui ramenaient des dizaines de milliers de soldats au centre-ville de Moscou, je m’étais dit que ça prenait de bons syndicats pour protéger les journalistes, les travailleurs et les enseignants, que ça prenait des mouvements de gauche solides pour faire pression sur les pouvoirs qui avaient le contrôle sur l’économie et la société...

Mais je m’étais dit aussi en regardant le Kremlin à ma gauche et la Place Rouge devant moi, qu’il ne faudrait jamais prendre le risque de faire le pas de trop... 

Vive les nouveaux Canadiens ! 

Ce qui est formidable avec la COVID-19, c’est que ça permet au Canadien de nous faire découvrir plein de braves gars payés pour remplir des chandails de quatrième trio.

Ça vous intéresserait, fans et fefans, qu’on vous parle de Jonathan Drouin, de Carey Price, de Shea Weber, de Jeff Petry ? Le Canadien veut qu’on vous parle plutôt de Noah Juulsen, de Jesperi Kotkaniemi qui évidemment est sur la bonne voie (c’est tellement évident sur la patinoire !), de Cale Fleury, la veille dans Le Journal, ou des trois substituts de Carey. C’est le rêve. Le virus permet toutes les cachotteries dans une organisation déjà reine des secrets. C’est formidable. Je félicite Paul Wilson qui conjugue les talents de Kent Nagano et de Yannick Nézet-Séguin pour faire jouer les violons sur le bon tempo. 

Pendant ce temps, le directeur de santé publique du Québec Horacio Arruda pense vraiment que les joueurs respectent la distanciation sociale, que Claude Julien porte un masque et que ses assistants se tiennent loin de lui...

Fans et fefans

Parlant de fans et de fefans. On me demande souvent la différence entre un fan et un fefan. Le fan sait qu’il est un fan, le fefan ne peut savoir qu’il est un fefan. Habituellement, le fan sait écrire, le fefan écrit au son. Le fan réfléchit, le fefan s’enrage. L’autre jour, je lisais les commentaires d’un M. Labbe. Je me suis demandé s’il pouvait être parent avec mon confrère Richard Labbé. Les commentaires étaient tellement épais, tellement bourrés de fautes grossières, que je me suis permis d’aller voir la page Facebook de mon fefan. J’étais convaincu d’avoir enfin trouvé le fefan parfait. Je n’ai pas été déçu. Sérieux, même le CH aurait eu honte. Les centaines de milliers de fans qui nous lisent et souvent nous critiquent avec sévérité en défendant leur point de vue peuvent être maintenant rassurés. Vous ne faites pas partie des fefans. Vous n’avez pas idée...

DANS LE CALEPIN - Le déconfinement des sports de combat se bute à une Santé publique pour le moins entêtée. Nos athlètes québécois vont donc devoir aller se battre en France, à Edmonton ou aux États-Unis. Mathieu Boulay a plein de nouveaux documents qu’il vous fera connaître demain. Je réserve ma copie.