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Tyrannique ou juste exigeant?

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Qu’ont en commun l’ancienne directrice du Musée des Beaux-Arts, Nathalie Bondil, le chef d’orchestre Charles Dutoit et le comédien et ancien professeur à l’École nationale de théâtre, Gilbert Sicotte ?

Ils ont tous les trois été accusés d’avoir – à des degrés divers – instauré un climat de travail « toxique » et de s’être comportés en tyrans.

UNE MAIN DE FER

Je n’ai travaillé avec aucune de ces trois personnes, donc je ne peux me prononcer sur la véracité des allégations dont elles ont été l’objet.

Mais au-delà de ces trois cas précis, je pose la question en général : se pourrait-il, parfois, que l’on confonde « comportement tyrannique » et « personnalité exigeante » ?

Diriger une institution ou une grosse entreprise, ou former un étudiant pour qu’il puisse exceller dans son domaine n’est pas une mince tâche.

Ça prend de la poigne, du leadership et une force de caractère peu commune. 

En général, les gens qui ont réussi à grimper les échelons et à se retrouver dans de hauts postes de direction ne sont pas des bisounours. 

Quand tu es capitaine, tu es capitaine. C’est toi qui décides. 

Tu dois faire preuve de cran, de détermination, d’assurance, de sang-froid – des qualités qui ne sont pas toujours compatibles avec la douceur et la gentillesse. 

Piloter une grosse entreprise ou une grosse institution, ce n’est pas comme piloter un petit bateau de plaisance sur un lac calme. 

Il y a des vagues. Des tempêtes. Des bourrasques.

Parfois, tu dois même affronter l’ire de certains de tes proches collaborateurs, qui ne partagent pas tes points de vue ou ne sont pas d’accord avec tes façons de faire. 

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Faut que tu te cramponnes. Que tu donnes des coups de barre. 

Et que tu assoies ton autorité. 

Imaginez un jeune réalisateur qui en est à son premier film. Il arrive sur le plateau de tournage le premier jour, entouré de techniciens d’expérience qui ont 60 films derrière la cravate.

S’il ne montre pas tout de suite qui est le boss, il va se faire manger tout rond et ne pourra jamais imposer son point de vue. 

C’est plate, mais c’est ça.

Le monde du travail n’est pas un CPE ou un camp scout.

QUESTION DE DEGRÉS

Personnellement, je ne m’attends pas à ce que mon patron ou ma patronne soit mon ami(e). 

Je veux que cette personne prenne des décisions avisées, qui assurent la pérennité de son entreprise – et, par le fait même, de mon gagne-pain.

Vous me direz qu’une personne dans un poste de direction peut faire ça sans hurler, rager, ni humilier les gens qui l’entourent.

Qu’on peut obtenir les mêmes résultats en faisant preuve de respect envers ses employés. 

Tout à fait d’accord !

Mais, tout comme en ce qui concerne les agressions sexuelles, il faut faire une différence entre une blague cochonne, une cruise lourde et un viol, dans le domaine des relations de travail, il faut faire une distinction entre un comportement qui est réellement toxique (ce qui est totalement inacceptable et tombe sous le coup de la loi) et une personnalité, disons, exigeante, peu amène et pas facile.  

Tout ça est une question de degrés.