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Un communicateur à part

<strong><em>Robert Blondin pluriel</em><br>Luc Gonthier</strong><br>Éditions Somme toute
Photo courtoisie Robert Blondin pluriel
Luc Gonthier

Éditions Somme toute

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Ce n’est pas tous les jours qu’il nous est donné de lire une biographie qui rend un brin nostalgique. Surtout si elle commence par une préface du poète et immense conteur Michel Garneau, avec ses mots couverts de rosée du matin et de parfums de macadam, ses mots trop rares comme il ne s’en cisaille plus ni à la radio ni dans les livres, trop habitués que sont certains nouveaux auteurs à se regarder le nombril en oubliant de regarder celui des autres.

Robert Blondin est surtout connu des gens de ma génération, pour qui la radio était un véhicule essentiel pour découvrir le monde et ses créateurs de beauté. Il fait partie de ces « prébébés boomeurs » qui nous ont ouvert la voie de la libre-pensée. À cette époque, celle de son enfance au début des années 1940, le Québec est encore plongé dans la grande noirceur, alors que « la culture éloigne de la félicité du Ciel presque autant qu’une relation sexuelle hors mariage ».

C’est à travers le conservatoire Lassalle, incubateur de nombreux talents, que Blondin sera initié aux arts et qu’il fera ses premières apparitions aux radio-théâtres de Radio-Canada. De fil en aiguille, jouant tantôt les enfants de chœur à l’église ou les petits rôles dans les pièces à caractère religieux montées à l’école de quartier, Blondin trace les premiers pas de sa carrière artistique. 

Après une brève incursion dans le théâtre professionnel sur la scène du Rideau Vert, il optera pour une carrière d’animateur radio où il laissera rapidement sa marque, faisant preuve de toutes les audaces. « C’est le début d’un temps nouveau et la terre est à l’année zéro », chante Renée Claude. Avec une douzaine d’amis, Blondin installe une commune dans le quartier huppé de Westmount, en pleine crise d’Octobre. Invité à visiter cette commune, Michel Garneau commentera que cela lui aura donné une bonne idée de ce que c’est l’enfer. L’expérience communale durera quatre ans.

De la commune urbaine, il passera à la campagne, à Sainte-Catherine-de-Hatley plus précisément, n’échappant pas à la mode du retour à la terre. Lapins, poules, bœufs charolais et chevaux arabes feront partie de ses élevages, même si son travail de réalisateur à Radio-Canada l’accapare passablement.

Blondin, c’est une boîte à surprises. On lui doit des grands projets novateurs en communication radiophonique, comme son tour du globe dans le cadre de la série d’émissions Le Bonheur, ou la Grand’Jase, animée en direct du Grand Café, sur la rue Saint-Denis, par Michel Garneau et Armande Saint-Jean, ou Le Voyage, animé par Raoul Duguay.

Sur le tas 

Mais auparavant, il aura subi son bain de radio comme animateur à CHNC, une station affiliée de Radio-Canada, à New Carlisle, « la voix française de la Gaspésie et des Maritimes ». Il sera laissé à lui-même devant un micro pendant quatre longues heures. C’est ce qu’on appelle apprendre sur le tas. Il a à peine dix-neuf ans. À partir de cette expérience éprouvante, il cherchera à devenir le meilleur, mais refusera toujours d’être coulé dans le moule radio-canadien. Ce qui ne l’empêchera pas d’être respecté par ses patrons.

Après une brève escale à CBAF, une station régionale de Radio-Canada à Moncton, où il apprend le métier de réalisateur, Blondin revient à Montréal pour réaliser une émission quotidienne d’informations à Radio-Canada. Son expérience sera de courte durée, ses collègues ne partageant pas ses goûts du risque et de la nouveauté.

Il proposera alors à ses patrons une série radiophonique intitulée L’Aventure, qui fera appel à plusieurs collaborateurs. En ondes pendant neuf ans, de 1987 à 1996, cette série, « une rencontre conviviale avec un homme et son sujet », marquera les annales de la radio, en sortant littéralement du cadre étroit du studio et en entraînant les auditeurs « dans les endroits les plus inusités du monde ».

Robert Blondin a été « réalisateur, producteur, animateur, 24 heures par jour durant toute sa carrière de 37 ans comme employé permanent à Radio-Canada ». Son authenticité a pu lui valoir des moments difficiles, mais il n’en garde aucune amertume.