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CHU de Québec: des millions de dollars sans concurrence à Bell

L’Autorité des marchés publics a blâmé deux fois le CHU de Québec dans cette affaire

Quebec
Photo d'archives

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Même après s’être fait taper sur les doigts deux fois par les autorités pour ne pas avoir assuré une saine compétition et avoir ciblé un seul fournisseur pour un contrat informatique, le CHU de Québec est sur le point d’octroyer ledit contrat sans concurrence pour des équipements de ce même fournisseur.

• À lire aussi: Le CHU de Québec condamné à payer 1,6 M$ pour une résiliation «unilatérale» de contrat

Le contrat vise l’acquisition de matériel sans fil. La seule entreprise qui a levé la main pour tenter de le décrocher est Bell, avec le fournisseur Cisco, pour un montant de 2,14 millions $. Le CHU de Québec se retrouvera donc à devoir payer le seul prix qui lui a été soumis. 

«Poule aux oeufs d’or»

Le contrat était pourtant convoité et pourrait rapporter encore plus car, en débarquant au centre hospitalier avec ses équipements, le gagnant risque de se positionner pour mieux décrocher d’autres contrats connexes. Dans le milieu, on qualifiait ce contrat de «poule aux œufs d’or». 

Tout a débuté en mai 2019, alors que le CHU de Québec a publié un appel d’offres qui exigeait littéralement des équipements de la marque Cisco, dont Bell est un important revendeur.

En juin 2019, l’Autorité des marchés publics (AMP), soit l’organisme de surveillance des contrats créé après la commission Charbonneau, a ordonné l’annulation de l’appel d’offres. 

Pas justifiable

L’AMP a notamment expliqué sa décision par «l’absence de justification adéquate de la part du CHU» et «l’absence d’études sérieuses et documentées à l’effet» que seulement les produits Cisco soient envisageables. Le CHU soulignait aussi qu’une autre technologie nécessiterait de la formation de personnel. L’AMP a été plutôt claire sur ce point: «cette considération ne saurait justifier le recours à un appel d’offres dirigé». 

L’appel d’offres a été relancé en novembre dernier. Mais entre-temps, le centre hospitalier a acquis d’autres équipements de Cisco via un autre contrat. Le gagnant du nouvel appel d’offres doit s’assurer de rendre ses équipements compatibles avec ceux de Cisco déjà achetés ou de les remplacer. 

Une plainte a ainsi aussitôt été encore déposée à l’AMP, soulignant que les contraintes, dont celle-ci, «élimine[nt] toute compétitivité possible». L’organisme de surveillance a notamment répondu à la plainte en écrivant s’interroger sur «la réelle ouverture à la concurrence». Le CHU de Québec a donc dû refaire ses devoirs. 

C’est ce que le centre hospitalier a fait, mais la concurrence n’a finalement tout de même pas été au rendez-vous. Les compétiteurs ont tout simplement abandonné en constatant la direction qu’avait prise le dossier, selon nos informations.

Analyse 

Le contrat n’a pas encore été officiellement octroyé. Il est en analyse depuis fin juin. L’AMP pourrait aussi encore intervenir, mais n’a pas voulu nous donner de détails. 

De son côté, le service des relations médias du CHU de Québec nous indique être allé «au-delà des ordonnances» de l’AMP et que l’appel d’offres a été bâti « afin de permettre une saine concurrence ».

Soulignons que l’AMP n’a jamais blâmé Bell ou Cisco pour quoi que ce soit dans cette affaire.  


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