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Inquiétudes chez les médecins américains

Inquiétudes chez les médecins américains
AFP

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Alors que je parcourais les journaux américains en quête d’inspiration ce matin, j’ai été rapidement interpellé par le texte d’une urgentologue. La Dre Esther Choo s’inquiète des conditions dans lesquelles ses collègues et elle sont appelés à lutter contre la COVID-19.

Bien avant que la pandémie ne sévisse, les travailleurs de la santé étaient déjà soumis à une grande pression. Notre santé, parfois notre vie, repose entre les mains des médecins et du personnel médical. La Dre Choo explique que lorsqu’ils sont confrontés à l’épuisement, ses collègues consultent rarement, préférant souffrir à l’abri des regards.

Esther Choo connaît bien la problématique puisqu’elle parle par expérience. Elle a attendu de craquer avant de chercher de l’aide, craignant d’abandonner les patients et de paraître faible aux yeux de ses collègues. Le vieil adage «cordonnier mal chaussé» s’appliquerait à ceux-là mêmes qui nous suggèrent de ne pas attendre avant de chercher de l’aide.

Également professeure à l’Université de l’Orégon, elle souligne que 27% des étudiants et 29% des résidents traversent un épisode dépressif. Ajoutons à ces statistiques un risque plus élevé de tentative de suicide, particulièrement chez les femmes.

J’évoquais plus haut des facteurs qui expliquent partiellement pourquoi on hésite à consulter. D’autres retombées concrètes freinent les élans des médecins qui pensent à demander de l’aide. On craint pour sa réputation, mais également pour le renouvellement de sa licence. Le processus serait trop souvent impitoyable et pardonnerait peu à ceux qui ont souffert de troubles psychologiques.

Si la Dre Choo s’exprime maintenant, c’est que si dans des conditions «normales» ses collègues ne consultent pas, le problème devient criant pendant la pandémie. Élevés au rang de héros, les médecins ressentent une pression surhumaine. 

Rarement dans l’histoire de l’humanité a-t-on exigé des médecins des réactions aussi rapides sur une période aussi longue. Trop souvent, ils effectuent leur travail dans des espaces exigus et ne disposent pas des ressources nécessaires. Sans compter qu’ils sont constamment exposés au virus et qu’ils craignent de le transmettre à leurs proches.

On s’attend à beaucoup de la part des médecins, raison de plus pour se soucier de leurs conditions de travail et de leur sécurité. Chaque fois que je lis ou que j’entends des gens remettre en question les conseils ou les exigences des responsables de la santé publique, c’est à l’ensemble du personnel médical que je pense.

Malgré leur statut de héros ou de sauveurs, les médecins et l’ensemble du personnel qui les accompagne sont d’abord et avant tout des humains. La moindre des choses quand on leur demande de nous guérir ou de nous sauver serait de leur faciliter les choses. Porter un masque et respecter la distanciation sociale limite la portée et les effets du virus.

Trop souvent encore, les problèmes de santé mentale s’accompagnent d’un certain nombre de préjugés. Les médecins, de par le stress qui accompagne la pratique, n’échappent pas à cette réalité. Pour leur bien et pour le nôtre, souhaitons qu’ils prêchent par l’exemple et qu’ils acceptent les mains tendues.