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«Je suis une victime»

GEN-Manifestation contre les agressions sexuel au parc Lafontaine
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Vraies ou fausses victimes.

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C’est la grande plainte que l’on entend à travers un Occident à la recherche de nouveaux repères. C’est aussi le nouveau statut social des femmes et des hommes qui croient fermement qu’on les méjuge, les exploite, les maltraite et les exclut.

Les femmes qui ont défilé dimanche au Québec pour dénoncer les agressions sexuelles affichaient sur leurs pancartes le mot « victime ». Elles ignoraient sans doute que le président Donald Trump venait de commenter à Fox News les attaques menées contre lui. Il prétendait que lui aussi était une victime de tous les démocrates malfaisants, des médias et de la gauche radicale, qui s’acharnent contre sa présidence depuis qu’il a été élu.

Les premiers à souffrir de cette instrumentalisation du mot « victime » sont les vraies victimes. Par exemple, les femmes battues, abusées sexuellement, les gens discriminés du fait de la couleur de leur peau, de leur sexe, de leur religion, de leur ethnicité ou d’un handicap physique ou mental.

Tous ces gens acceptent de témoigner de leur exploitation et de leur maltraitance en usant des moyens mis à leur disposition dans nos sociétés démocratiques. Et ils refusent de dénoncer les offenses sous le couvert de l’anonymat.

Laissez-passer

Dans la société actuelle, la phrase « je suis une victime » est un laissez-passer pour détruire des réputations et démolir des institutions vouées à la défense des victimes réelles.

Le syndrome de la victimite aiguë est un fléau qui transforme les relations humaines en combats d’arène. N’ayons pas peur de le dire, les victimes inventées réussissent à renverser le rapport de force. Ces « victimes-là » s’avèrent en réalité des bourreaux. Elles désarment ceux et celles qu’elles accusent injustement.

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La victimite est un virus dangereux qui pollue l’atmosphère et pour lequel aucun vaccin n’est envisageable. Il faut informer les filles qu’elles ne sont pas des victimes, car la victime n’a d’avenir que celui que son bourreau choisit pour elle.

Il faut aussi que les jeunes filles soient éduquées par des adultes qui les protègent. Des adultes qui croient au bien, mais aussi au mal. Qui leur enseignent la complexité de la sexualité. Et qui leur parlent en y croyant du bonheur d’aimer et du plaisir physique exaltant qui s’y rattache.

Pornographie

Jamais je n’aurais cru que la libération sexuelle et la déculpabilisation face au sexe mèneraient un jour à transformer l’amour physique en pornographie. Jamais je n’aurais pu imaginer que de jeunes hommes puissent régresser en utilisant leur pénis comme un bâton à cocktail dans les verres des filles. Mais jamais je n’aurais cru que les filles d’aujourd’hui seraient aussi démunies devant les garçons en rut ou aussi apeurées de les décevoir.

Quelle tristesse semble marquer la vie sexuelle de nombreux jeunes. Comment peut-on débuter une histoire d’amour dans pareil contexte ?

Les filles qui descendent dans la rue sont habitées soit par la colère, la haine, la méfiance, soit par la peur des garçons. Les détails scabreux dans les dénonciations anonymes qui circulent sur les réseaux sociaux nous laissent sans voix. La délation semble devenue une échappatoire, mais elle ne mène à aucune solution. Qu’ont donc à dire les jeunes amoureux et heureux ? Où sont-ils ? Certainement pas dans la rue à hurler leur détresse et leur mal de vivre.