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Privée de son papa depuis 4 mois

Le mari cubain d’une Québécoise se fait refuser des visas de visite malgré la naissance de leur enfant

Sophie Dumas
Photo Chantal Poirier La petite Abby n’a toujours pas pu être prise dans les bras de son père, Guillermo Cabrera Silva, depuis sa naissance, car son visa de visite lui a été refusé trois fois. Sophie Dumas et lui se sont mariés il y a un an et se sont vus pour la dernière fois à Noël, alors qu’elle était toujours enceinte.

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Une nouvelle maman de la Rive-Sud dénonce que son mari cubain se voit interdire de la visiter au Canada, le forçant à manquer plus des quatre premiers mois de la vie de leur fille.

« Ma fille a besoin de son papa. Elle a besoin de grandir dans ses bras, de ressentir son amour, et pas juste via une caméra », implore Sophie Dumas, âgée de 24 ans. 

« Et moi j’ai besoin d’aide aussi », souffle-t-elle, soulignant avoir traversé seule les premiers mois de sa fille Abby, à qui elle a donné naissance le 8 mars, au tout début de la pandémie.

Elle s’est retrouvée encore plus isolée par le confinement, loin de ses proches et surtout incapable d’avoir son conjoint à ses côtés pour l’appuyer dans ses premiers moments comme maman.

Mme Dumas s’est mariée en juin 2019 à Guillermo Cabrera Silva, âgé de 29 ans, à Cuba. Elle l’avait rencontré deux ans auparavant lors d’un séjour dans un tout-inclus à Holguin sur cette île des Caraïbes.

Ils sont tombés en amour, mais consciente des préjugés et des risques entourant les Québécoises qui s’amourachent de Cubains en vacances, elle a d’abord préféré garder ses distances.

Ils sont cependant restés en contact, discutant régulièrement pendant sept mois. Elle hésitait à se lancer dans une relation sérieuse, avant de finalement sauter à pieds joints dans son histoire d’amour.

Sophie Dumas
Photo courtoisie

« Plus beau choix »

« C’est le plus beau choix que j’ai fait dans ma vie », assure-t-elle.

« Ma famille a compris pourquoi j’étais tombée en amour avec lui, tout le monde l’adore. [Mes proches] voyaient comment j’étais heureuse quand je rentrais », poursuit-elle, ajoutant avoir fait d’autres voyages de plusieurs semaines à Cuba dans la famille de son conjoint depuis.

Les amoureux sont cependant séparés depuis Noël. Sophie Dumas est rentrée chez elle à La Prairie en prévision de son accouchement.

Trois demandes pour un visa de visite ont été faites – et refusées – pour que son mari soit présent à l’accouchement ou puisse voir sa fille. Une quatrième est en cours.

Le couple a aussi entamé une démarche de parrainage pour qu’il obtienne la résidence permanente il y a près d’un an.

« Les gens qui sont mariés, déjà en parrainage, devraient avoir ce visa de visite », lance la consultante en immigration Johanne Boivin Drapeau, qui appuie Mme Dumas dans ses démarches.

Ces visas de visite sont généralement refusés quand les agents d’immigration croient qu’il y a un risque que le visiteur tente de rester au pays par la suite.

Pas à risque

 « Qui va mettre sa résidence permanente en danger pour une simple visite ? » demande-t-elle, ajoutant que M. Cabrera Silva ne représente pas un risque de devenir un immigrant illégal puisque le processus est déjà en cours.

« C’est inhumain [...] ma fille n’a jamais connu son père », poursuit la jeune mère. Le couple se parle, mais pleure aussi beaucoup, de trois à quatre fois par jour en appel vidéo.

Sophie Dumas ne peut s’empêcher de penser à toutes les premières fois qui sont volées à son conjoint avec Abby. 

« Il ne l’a jamais prise dans ses bras quand elle ne pesait que cinq livres. Chaque jour, ça évolue, ça change et ce sont tous des moments qu’il manque », dit-elle la voix étouffée par l’émotion.

Mme Dumas souligne qu’elle a perdu sa mère et que son père et son frère vivent loin d’elle, lui donnant ainsi peu de soutien dans ces premiers mois comme maman. 

Elle espérait pouvoir se rendre à Cuba, mais la pandémie mondiale de COVID-19 l’en empêche. Les touristes ne sont pas encore acceptés à Cuba, dit-elle.

Mme Boivin Drapeau déplore, quant à elle, les refus systématiques essuyés par le couple. Elle a bon espoir que la demande de résidence permanente sera acceptée, mais peut-être pas avant encore un an, car les délais sont allongés actuellement.

Elle représente en ce moment jusqu’à 250 clients qui tentent d’être réunis avec un proche, alors que l’ambassade canadienne au Mexique, qui gère les demandes à Cuba, n’offre que des services essentiels.

Immigration Canada n’a pas été en mesure de répondre à nos questions.