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Le Devoir n’est pas un Walmart

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Vendredi dernier, Christian Rioux, chroniqueur au journal Le Devoir, a écrit une chronique sur le fait noir en Haïti et au Québec.

Le papier disait essentiellement ceci : les Québécois noirs ne devraient pas s’identifier à leur couleur de peau ou à une « culture noire », mais plutôt à une identité républicaine, nationale.

Une chronique, à mon sens, dure, condescendante sur les bords, avec laquelle je suis en désaccord, mais qui témoigne d’une vision légitime et acceptable du monde.

Or, pour certains progressistes, Rioux dépassait les bornes : ils ont lancé des appels aux désabonnements du Devoir.

Méfions-nous

Il faut refuser ces appels aux désabonnements.

D’abord, pour une raison fondamentale : un journal n’est pas une entreprise privée comme une autre. C’est le principal contre-pouvoir d’une société civilisée.

Autrement dit, un journal n’est pas un Walmart ou un Starbucks, dont le boycottage, ultimement leur chute, ne changera absolument rien à notre vie collective.

En revanche, ce qu’on crée lorsqu’on appelle au boycottage, c’est un affaiblissement de la liberté d’information. Donc, une réduction de la liberté tout court.

En désaccord, mais...

Je le répète : la chronique de Rioux en est une que je trouve désobligeante, mais elle ne constitue aucunement une parole à bannir.

Comme collectivité, ce pour quoi nous devons lutter, c’est pour une société où Rioux et autres chroniqueurs « conservateurs » peuvent écrire dans le même journal que des voix « progressistes ».

Sans censure, sans appel au boycottage, en toute liberté, même si elle présente une vision différente de la nôtre, pour penser en dehors de soi-même.

J’aime mieux celui qui argumente frontalement, dans les limites du débat civilisé, même si je suis profondément en désaccord, que celui qui se réconforte toujours dans ses certitudes, et donc dans ses servitudes.

Le boycottage d’un journal essentiel, centenaire comme Le Devoir, dans le contexte où les médias se meurent, est non seulement irresponsable, mais carrément antidémocratique.