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Montréal, ville fantôme

GEN-RELANCE-CENTRE-VILLE
Photo Agence QMI, Joël Lemay Pour bien des Montréalais, la crise sanitaire est un puissant révélateur d’une ville sur le déclin en termes élémentaires de qualité de vie.

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Sous le joug de la COVID-19, la métropole est une ville fantôme. Cet été, les Montréalais sont nombreux à la déserter. En quête pressée d’air frais et d’espace, ils envahissent les régions comme jamais.

Et nos compatriotes des régions ? Pourquoi diable viendraient-ils voir la grande ville alors qu’elle est l’épicentre canadien de la COVID-19 ? Pas très vendeur...

« Tiens, chérie, ça te tente-tu d’aller te promener à Montréal pour risquer d’attraper le virus ? » « Ça va aller, mon amour. Je pense qu’on va rester chez nous. »

Sans touristes non plus, les hôtels sont vides, les restaurants délaissés. Seuls les bars, malgré qu’ils soient des foyers naturels de propagation du virus, font un malheur. Cherchez l’erreur.

Des Montréalais quittent carrément leur ville. Le télétravail s’imposant, en banlieue ou en région, ils s’achètent une plus grande maison et des espaces verts qui, en ville, sont inabordables pour le commun des mortels.

Exit la qualité de vie

L’accès à une première propriété en ville à un coût raisonnable tenait déjà de la mission impossible. Avec le virus, ça ne donne plus le goût d’essayer.

Pour ceux qui, nombreux, ne peuvent pas acheter de propriété, la pénurie grave de logements fait le reste. À ce chapitre, l’hypocrisie des autorités municipales depuis des années, tous partis confondus, a fait des ravages.

Les yeux bien fermés, elles ont laissé pulluler les évictions et les Airbnb, ces mines d’or pour proprios entrepreneurs. Résultat : le « parc » de logements de qualité a fondu comme neige au soleil.

Montréal est maintenant une ville de spéculateurs et d’entrepreneurs obsédés par la maximisation des profits. Quand on voit des condos neufs annoncés à 500 000 $ pour 500 pieds carrés (!), on en voit toute la rapacité.

Payer un demi-million pour une cage à poules ? Non merci.

Dépérissement

Montréal offre de moins en moins un vrai milieu de vie, vibrant et tournant autour de quartiers eux aussi bien vivants. Et que dire du dépérissement de ses rues commerciales, à de rares exceptions près ?

Sous la COVID-19, une nouvelle fracture sociale parmi tant d’autres s’y est même ajoutée. D’un côté, la minorité choyée d’avoir une cour. De l’autre, la majorité isolée sur son balcon, ou pas de balcon du tout.

Sauf pour ses quartiers cossus, la ville est également sale. Sans compter le cauchemar préexistant des chantiers sans fin amplifié par la multiplication erratique cet été de rues dites piétonnières.

Sous l’administration de Projet Montréal, dont l’idéologie anti-voiture est notoire, la crise sanitaire sert en effet de prétexte. On fait sauter des places de stationnement à coups de centaines.

Le « plan de relance » du centre-ville annoncé hier par la mairesse, Valérie Plante, tient quant à lui du cataplasme sur une plaie ouverte.

Bref, parce qu’elle est un puissant révélateur d’une ville sur le déclin en termes élémentaires de qualité de vie, pour de plus en plus de Montréalais, même de naissance, la crise sanitaire est la goutte qui fait déborder le vase.

Ce n’est plus du désamour, mais une demande de divorce. Encore faut-il cependant avoir les moyens et la possibilité de la quitter.