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Tout n’est pas noir au Québec et au pays

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Ce n’est pas à moi qu’on fera croire qu’il n’y a pas de racisme systémique au Canada et au Québec.

À titre d’exemples, j’aime rappeler la réaction de feu Jean Pouliot quand Réal Barnabé, v.-p. à l’information, avait avec mon plein accord confié la météo de TQS à Dany Laferrière. « Votre c... de nègre, vous allez m’enlever “ça” de l’écran ! » Lorsque j’ai voulu ajouter un personnage de Noir dans ma série Peau de banane, Robert L’herbier, v.-p. de Télé-Métropole, s’y opposa vivement : « Non, non, le public n’aimera pas ça ! »

À Radio-Canada, pour Les héritiers Duval, on me suggéra d’y aller mollo avec des intrigues comportant des Noirs. « Il n’y a pas assez d’acteurs noirs au Québec », avait-on prétexté. Mon ex-femme, qui possédait une maison à Outremont, fut blâmée par ses locataires pour avoir loué à un Noir. Il était pourtant éditorialiste dans un quotidien de Montréal.

Ces exemples remontent au siècle dernier, soit ! Mais les choses n’ont guère changé. Il y a trois semaines, mon coiffeur s’indignait qu’on ait loué à un Noir dans l’immeuble qu’il habite. « Moi, si j’étais propriétaire, je ne louerais jamais à des gens comme ça ! »

NETFLIX A BESOIN D’AMOUR

Depuis que Stéphane Cardin – homme habile et astucieux s’il en est – a été nommé directeur des politiques publiques de Netflix au Canada, il ne rate pas une occasion de faire bien paraître le géant américain. Cette fois, s’associant avec la Banque Nationale et le Fonds des médias*, Netflix puise dans ses coffres richement garnis (193 millions d’abonnés) pour financer le programme de formation « Être Noir.e au Canada » de la Fondation Fabienne Colas.

Un joli coup de main pour les jeunes Noirs de 18 à 30 ans. Grâce à ce partenariat, 20 autres cinéastes en herbe de Toronto, Montréal et Halifax se joindront à la cohorte de ceux qui sont déjà inscrits. En plus d’un mentorat dans les métiers de l’audiovisuel, le programme permettra la production de plusieurs documentaires. L’an prochain, le programme sera déployé à Ottawa, Calgary et Vancouver, aidant ainsi 70 nouveaux cinéastes et 55 anciens participants.

L’AUDACIEUSE FABIENNE COLAS

Fabienne Colas en a fait du chemin depuis qu’elle a été élue Miss Haïti en 2000. Faudrait-il remercier les jurés du Miss West Indies Pageant de l’avoir classée troisième ? Sans leur jugement douteux (!), elle n’aurait peut-être jamais abouti au Québec. Adolescente, elle avait passé deux semaines à Chicoutimi lors d’un échange scolaire. Son expérience avait dû être heureuse, puisqu’elle décida ensuite de s’installer chez nous.

Celle qui avait facilement décroché des rôles au cinéma et à la télé en Haïti se heurta ici aux mêmes difficultés que la plupart des Noirs. On objectait sa couleur ou son accent pour ne pas l’engager. Elle finit par obtenir un tout petit rôle d’un jour dans Virginie, la série d’une autre Fabienne.

De guerre lasse, Fabienne Colas réactiva la fondation qu’elle avait créée en Haïti. De reine de beauté, elle devint la reine de la promotion des Noirs, de leur cinéma et de leur culture, créant festival sur festival. Pendant qu’aux États-Unis, dans la foulée de l’affaire George Floyd, on déboulonne des monuments dont on ne sait trop quoi faire, au Canada, grâce à Fabienne Colas, des Noirs se construisent un avenir à la hauteur de leurs talents.

*Je suis membre du conseil du Fonds des médias