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Coup d’État au musée

Le photographe cinéastre Chich-Chien Wang expose au Musée des
Photo d'archives Le MBAM n’appartient pas à une clique.

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L’éjection de Nathalie Bondil, la directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), est un coup fumant du président du conseil d’administration, Michel de la Chenelière. Ce dernier s’appuie sur un document qui dénoncerait la toxicité de la gestion de madame Bondil.

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Or cet aristocrate, membre d’une supposée élite financière et artistique, a refusé de communiquer à la ministre de la Culture, Nathalie Roy, le document auquel personne n’a eu accès à part lui, semble-t-il.

Le gouvernement défié

Michel de la Chenelière a ainsi défié le gouvernement du Québec qui octroie 16 millions de dollars par an au musée, plongé aujourd’hui dans une tempête qui en dit long sur ceux qui se croient le nombril du monde.

Ces milliardaires machos et autres élites arrogantes ne supportent pas le succès de Nathalie Bondil. Car c’est elle qui a ouvert les portes du MBAM aux Québécois qui n’y avaient jamais mis les pieds auparavant. En effet, le musée attire maintenant un million de visiteurs par an, et ce, grâce en partie à des expositions plus compréhensibles pour un public profane. C’est un courant qui existe déjà dans les plus grands musées du monde.

Le propriétaire d’une galerie montréalaise, René Blouin, incarne le mépris de cette « élite ». Dans un texte publié dans Le Devoir, il assure que cette crise est une bonne chose. Il croit que « le chaos causé par les embouteillages de visiteurs des dernières années devait cesser. [...] Les salles de collections demeurent peu fréquentées, il est devenu compliqué de s’y rendre spontanément », écrit-il. Autrement dit que [...] « les hordes de chasseurs de selfies » dégagent.

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Un scandale

Le MBAM peut, certes, ne pas renouveler le contrat de sa directrice. Mais la manière grossière dont le CA a terni la réputation de Nathalie Bondil est un scandale. D’ailleurs, celle-ci est défendue par les conservateurs des plus grands musées du monde, aux États-Unis comme en France et ailleurs en Europe.

La clique de Michel de la Chenelière se croit propriétaire du musée. En ce sens, il est inconcevable que la ministre de la Culture, qui vient de nommer un observateur pour résoudre cette crise, se laisse ainsi insulter et à travers elle tous les Québécois. Car la presse internationale relate ce coup d’État qui décrit un Québec de gabegie administrative dirigée par une femme qui serait toxique et dictatoriale.

L’ex-ministre libérale Monique Jérôme-Forget a mis en lumière dans une lettre à La Presse les dessous peu ragoûtants de certains détracteurs de madame Bondil, comme Stephen Jarislowsky. L’on apprend que la directrice qu’on accable aurait, avec ses conservateurs, refusé l’acquisition de la collection de monsieur Jarislowsky. La hargne que madame Bondil provoque se nourrit ainsi de l’esprit de vengeance.

Le MBAM a besoin d’être expurgé de la toxicité non pas de madame Bondil, mais de ceux qui ont failli à leur tâche et détourné à des fins de pouvoir personnel et clanique la gouvernance de cette institution à la réputation prestigieuse. En partie acquise depuis plus d’une décennie de gestion exceptionnelle par une Française qui a adopté Montréal et le Québec sans mépris et sans arrogance. Une femme forte et compétente comme on les aime. Une femme supérieure à tous égards à ceux qui veulent sa peau.