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Edgar et ses fantômes

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C’est quand même un étrange hasard. Une drôle de coïncidence. 

• À lire aussi: Edgar Fruitier coupable de gestes sexuels sur un ado

Au moment même où le Québec est secoué par une vague de dénonciations d’actes à caractère sexuel, au moment même où certains crient bien fort que « le système de justice ne fonctionne pas », ce même système de justice vient de trouver Edgar Fruitier coupable de deux chefs d’accusation d’attentat à la pudeur. 

Un homme, blanc, a fait face à des accusations en cour et la cour a cru... sa victime. 

Il me semble quand même qu’il y a là matière à réflexion.

LA JUSTICE EST AVEUGLE ?

Quand Hugo Dumas de La Presse a demandé à Safia Nolin pourquoi elle ne s’était pas adressée à la police pour porter plainte contre Maripier Morin, mais avait choisi de s’exprimer sur Instagram, elle a répondu qu’elle ne croyait pas « au système de justice actuel qui favorise les hommes blancs et hétérosexuels ». 

Dans ce cas-ci, on s’entend-tu pour dire que monsieur Fruitier, du haut de ses 90 ans, malgré son statut de personnalité médiatique hyper connue, comédien, mélomane et animateur aimé et respecté, n’a pas vraiment été « favorisé » ?

Avez-vous lu ce que l’homme victime de Fruitier a déclaré à sa sortie du palais de justice ? Il a encouragé les victimes d’agressions sexuelles à dénoncer leur agresseur. 

Il a déclaré : « Tout le monde m’a cru. Ça m’a fait du bien ». Et il a ajouté : « Ça fait déjà 46 ans que j’attends ça. Je suis soulagé. Je ne peux pas expliquer ce que je peux ressentir, mais merci au juge de m’avoir cru. C’est merveilleux. Merci à l’équipe de procureurs et à la police qui m’a cru ».

Est-ce que notre système est parfait ? Non. Est-ce qu’il s’améliore ? Oui. La preuve ? Le mois dernier, le projet de loi 55 abolissant le délai de prescription dans les causes d’agression sexuelle a été adopté en un temps record, et à l’unanimité.

À QUB radio, j’ai interviewé Shirley Christensen, une survivante d’une agression par un prêtre, Paul-Henri Lachance. Pour elle, cette nouvelle était comme un baume sur ses blessures de petite fille.

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LE SEXE DES VICTIMES

Il y a une autre chose qui m’interpelle dans le dossier d’Edgar Fruitier. Le fait que sa victime soit un homme.

Depuis #agressionnondénoncée, puis #metoo et encore une fois avec cette nouvelle vague de dénonciations, on a (presque) exclusivement parlé des femmes victimes. 

Oui, je sais que statistiquement les hommes ne sont qu’une minorité de victimes. Mais allez dire ça à un ado qui s’est fait saisir le pénis à trois reprises par un adulte en qui il avait confiance. Il s’en fout, lui, des statistiques.

En plus, tous les spécialistes vous le diront, porter plainte pour une agression d’ordre sexuel est très difficile pour un homme car les « implications » sur son orientation ou sa capacité à se défendre sont plus grandes. 

L’humiliation est plus grande. « Un homme, ça se défend ».

LA MORALE DE L’HISTOIRE

Le cri du cœur de la victime d’Edgar Fruitier devrait ouvrir les yeux de tout le monde : oui, le mot victime englobe le masculin. 

Et oui, quand on s’y prend comme il faut, la justice peut être rendue de façon équitable en 2020.