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L’argent du pouvoir

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Photo d’archives Bill Morneau accompagné de Justin Trudeau en 2018.

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Quand le pouvoir de l’argent rencontre de trop près l’argent du pouvoir, ça ne se termine jamais très bien. Le scandale entourant la grande proximité liant Justin Trudeau, son ministre des Finances Bill Morneau et le Mouvement UNIS (WE Charity) en est une parfaite illustration.

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En 2017, le multimillionnaire Bill Morneau s’est fait payer deux voyages familiaux par UNIS. Total : 41 000 $. Sans même, jure-t-il sans rire, s’en être rendu compte. Par la suite, lui et sa famille ont fait 100 000 $ de dons à UNIS.

Sous le premier ministre Trudeau, UNIS, dont lui et sa famille sont très proches – certains membres ayant même été rémunérés par UNIS pour des conférences –, s’est vu octroyer un méga contrat public de 900 millions de dollars pour gérer un programme de bénévolat étudiant.

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Résultat : pour la troisième fois, Justin Trudeau est l’objet d’une enquête du commissaire à l’éthique. Les conservateurs réclament quant à eux la démission de Bill Morneau et une enquête.

Rien dans cette histoire ne sent la rose. Messieurs Trudeau et Morneau, trop habitués aux amis riches, célèbres et influents – après tout, qui se ressemble, s’assemble –, n’y ont jamais vu la moindre trace d’un possible conflit d’intérêts.

De bien grandes amitiés

Ce dernier « scandale » est pourtant l’illustration fidèle de la culture libérale pernicieuse du « tout m’est dû ». Celle-là même qu’avait constatée la commission Gomery sur le scandale des commandites sous Jean Chrétien.

Il témoigne aussi du risque de dilapidation de fonds publics lorsque de trop grandes amitiés lient des élus à des lobbys influents en quête de lucratifs contrats.

En cela, il ne va pas non plus sans rappeler le légendaire cri du cœur entendu aux audiences de la commission Charbonneau : « Un chum, c’est un chum ! » 

Bref, c’est la rencontre du pouvoir de l’argent et de l’argent du pouvoir.

Lorsqu’un premier ministre et un ministre des Finances se placent eux-mêmes avec autant de frivolité en risque de conflits d’intérêts, apparents ou réels, le problème d’éthique est troublant.

Un homme (très) chanceux

Le problème est plus large. En 2018, selon le commissaire fédéral à l’éthique, 73 élus fédéraux, tous partis confondus, ont accepté en 2017 pour plus de 600 000 $ en frais de voyage « couverts » par des organismes d’ici ou étrangers.

Année après année, cette pratique est « légale » pour les « simples » députés, pourvu qu’ils en fassent rapport après coup au commissaire à l’éthique. Le risque de conflits d’intérêts pour des élus saute pourtant aux yeux.

Dans la réalité, le premier ministre Trudeau, même minoritaire, est toutefois un homme chanceux. Malgré le scandale actuel, les conservateurs se cherchent encore un chef et le NPD est en lambeaux.

Justin Trudeau profite aussi de l’effet positif des multiples mesures de soutien aux Canadiens qu’il annonce depuis le début de la crise de la COVID-19.

Ce qui ne veut pas dire, par contre, qu’il n’est pas en train d’épuiser une partie de son capital politique. 

Seul le temps le dira.