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Le virtuose de la combine

Le virtuose de la combine
AFP

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En matière de corruption, d’abus de pouvoir et de détournement de fonds publics et autres, nos politiciens ont beaucoup à apprendre de Donald Trump.

Mettons tout de suite les choses au clair. L’affaire WE – les cadeaux «oubliés» par Bill Morneau et les émoluments généreux à la mère de Justin Trudeau par une organisation qui obtient ensuite, de la part du gouvernement fédéral, un contrat d’un milliard sans appel d’offres – est un scandale qui devrait entraîner la démission du ministre des Finances et du premier ministre, pour des raisons qui ont été amplement détaillées par des analystes et commentateurs plus ferrés que moi en politique fédérale canadienne. 

Ceci dit, en matière de corruption, ces messieurs sont des amateurs. Ils en ont encore beaucoup à apprendre de la part du maître en la matière, qui dirige en ce moment les destinées de nos voisins du Sud. Il y a tellement d’exemples qu’on ne les voit plus, mais les derniers en date sont dignes de mention. 

Un petit service, Votre Majesté?

Selon des reportages solides du New York Times, le président Trump aurait demandé à son ambassadeur à Londres de faire des démarches auprès des autorités britanniques pour que le plus prestigieux championnat de golf de ce pays, le British Open, soit tenu au club de Donald Trump en Écosse. Tous les principaux intéressés dans cette affaire nient les faits, évidemment, mais les reporters du Times affirment avoir plusieurs sources fiables qui les confirment. 

Le président n’est pas lié par les lois fédérales américaines sur les conflits d’intérêts, mais tous les présidents avant Donald Trump ont insisté pour placer leurs avoirs dans des fiducies sans droit de regard. À l’époque, le président Jimmy Carter avait même vendu sa ferme d’arachides en Géorgie, qu’il avait construite de ses propres mains. Donald Trump ne s’est jamais conformé à cette norme. Toutes ses entreprises, dont on ne connaît même pas l’étendue précise puisqu’il refuse de divulguer ses déclarations d’impôt, restent en activité comme avant. Il est toutefois strictement interdit à un président, dans le texte même de la Constitution, de recevoir des «émoluments» de la part d’un gouvernement étranger, et la faveur demandée au gouvernement britannique tombe nettement dans cette catégorie, qu’elle ait été accordée ou pas.

Pour n’importe quel autre politicien, une telle tentative d’utiliser la représentation diplomatique à des fins de promotion de ses intérêts commerciaux constituerait un scandale passible de destitution. Pour Donald Trump, c’est la routine habituelle. Rappelons que c’est ce même président qui a essayé de forcer le président de l’Ukraine à compromettre son adversaire dans la course à la présidence dans des enquêtes bidon. On connaît la suite.

La pointe de l’iceberg

Les autres exemples d’utilisation des fonds publics et des privilèges de ses fonctions à des fins personnelles abondent. À chacune des innombrables visites du président dans ses propriétés ou dans ses clubs de golf, tous les frais d’hébergement et de logistique pour son entourage (des sommes importantes, facturées au prix fort) vont directement dans les poches de Donald Trump (voir ici et ici). 

Sans parler des revenus et avantages considérables que reçoivent sa fille et son gendre (qui sont en principe tenus de respecter les règles sur les conflits d’intérêts). Les principaux exemples incluent les nombreux avantages consentis à Ivanka Trump pour sa marque de commerce sur le marché chinois et les prêts aussi faramineux que louches consentis à son mari Jared Kushner, dont les projets immobiliers pharaoniques sont sur le bord de la faillite. 

Pas étonnant que la famille Trump tienne tant à ce que ses manigances financières restent secrètes. Il est possible que je me trompe et que tout ce beau monde soit blanc comme neige, mais qu’est-ce qui expliquerait, alors, leur insistance à cacher toute cette information?

Une campagne payante

Le dernier épisode de la saga financière de la présidence Trump porte et portera sur la campagne elle-même. En 2016, Donald Trump se targuait de financer lui-même sa campagne, mais les fonds qu’il y a injectés représentaient une toute petite portion du total et les frais qu’il facturait à son organisation de campagne pour l’utilisation de son avion et pour la location de locaux, de chambres d’hôtel et autres services lui revenaient directement, à lui.

Cette année, Donald Trump a déjà signalé qu’il ne dépenserait pas un sou pour sa campagne, mais il est déjà clair que ses entreprises bénéficieront amplement des centaines de millions de dollars qui seront engloutis dans les campagnes républicaines. Par exemple, pour les organismes indépendants et les instances du Parti républicain qui organisent des événements à Washington, le Trump International Hotel est le lieu de prédilection. Tous les profits sur la location de chambres à des prix exorbitants (plus de 600$ par chambre à certaines occasions) vont directement dans les poches du président. Il faut s’attendre à ce qu’il en soit de même pendant toute la campagne. À défaut d’être réélu, le président Trump finira quand même par empocher une bonne partie des dépenses de sa campagne et de multiples autres campagnes républicaines.

Tout cela est fait ouvertement, sans le moindre scrupule. Pour reprendre l’expression de l’essayiste Sarah Kendzior dans son récent ouvrage, Hiding in Plain Sight: The Invention of Donald Trump and the Erosion of America, Donald Trump a pendant toute sa vie développé l’art de dissimuler par des scandales ses activités potentiellement criminelles et de cacher ces scandales en provoquant d’autres scandales. Nos politiciens fédéraux sont vraiment des amateurs. Ils en ont encore beaucoup à apprendre.