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Trump, le Venezuela et le Québec

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Récemment, une petite phrase, en apparence anodine, de Trump à propos du Venezuela a attiré mon attention: «Quelque chose va se passer au Venezuela et nous sommes très impliqués.»

Il est évident que ça travaille fort dans les coulisses du pouvoir à Washington pour trouver un remplaçant à Juan Guaidó, l’autoproclamé dirigeant du pays, parce que celui-ci ne passera pas aux prochaines élections législatives cet automne. 

Une invasion militaire est toujours probable, mais comme il reste d’autres possibilités moins sanglantes et moins «condamnables», autant les jouer à fond. 

Un clown qui ne fait plus rire, il faut s’en débarrasser, entend-on souvent, et c’est ce que pense Trump pour qui Guaidó ne fait plus l’affaire. 

Alors, il est à la recherche d’un nouveau candidat, et on est prêt, semble-t-il, à recruter dans les rangs mêmes du gouvernement Maduro, car il se trouve toujours quelqu’un de malheureux dans le poste qu’il occupe, un ambitieux en mal de renommée et de pouvoir, un incompris qui, lui, saurait faire mieux.

Cela m’a rappelé le compte rendu d’un livre vu récemment, La CIA en España: Espionaje, intrigas y politica al servicio de Washington, d’Alfredo Grimaldos. 

S’appuyant sur de nombreux témoignages, l’auteur raconte comment, après la mort du vieux dictateur Franco, l’Agence centrale d’intelligence (CIA) des États-Unis et les services d’intelligence allemands ont appuyé le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) contre le Parti communiste espagnol (PCE) qui avait acquis beaucoup d’appuis et de prestige dans son opposition à Franco.

Washington voulait s’assurer qu’il contrôlerait ainsi la transition démocratique. 

C’est-à-dire que ses intérêts seraient protégés et que l’Espagne demeurerait dans son giron. Car ce parti n’a de socialiste que le nom. Tandis que le PCE était plutôt aligné sur l’URSS de l’époque.

Cet épisode qui s’est déroulé dans les années soixante-dix du siècle passé m’a rappelé ce qui s’est passé lors des dernières élections générales en 2018 au Québec, un territoire qui a une importante frontière avec notre puissant voisin du sud, ce qui n’est pas rien. 

On se souviendra que le Parti québécois et Québec solidaire avaient entrepris une série de pourparlers pour en arriver à une convergence des forces indépendantistes afin de battre les libéraux et favoriser la venue d’un gouvernement souverainiste à Québec. 

Alors qu’une entente était survenue, le «politburo» de QS a torpillé l’entente sans qu’on sache trop pourquoi.

On se souvient tous de l’acharnement de Jean-François Lisée lors du débat des chefs. 

Le dirigeant péquiste s’en était pris avec raison à la cheffe de QS, Manon Massé, pour lui demander pourquoi cette volte-face déshonorante. 

Comment expliquer, dans le même ordre d’idées, le virement de veste de Sol Zanetti?

On peut penser que des gens influents au sein des instances de direction de QS n’ont aucun intérêt à voir de nouveau un gouvernement indépendantiste s’installer à l’Assemblée nationale. 

Ce sont, en quelque sorte, des agents fédéraux qui veulent s’assurer que le Québec demeurera au sein de la Confédération canadienne. 

Ils jouent le même rôle que celui joué par des agents de la CIA au sein du PSOE, à l’époque.

Chat échaudé craint l’eau froide et un éventuel gouvernement indépendantiste ferait tout en son pouvoir pour que le prochain référendum ne nous soit pas encore volé. 

Un Québec indépendant provoquerait une onde de choc dans la région et une nouvelle dynamique qu’Ottawa et Washington n’apprécieraient sans doute pas. 

Alors, les infiltrés fédéralistes, on en connaît quelques-uns et quelques-unes, ont tout intérêt à discréditer le PQ. Comme dans la petite phrase de Trump du début, ces gens sont très impliqués. 

Il serait intéressant de savoir quel candidat à la tête du PQ le «politburo» de Québec solidaire favorise-t-il.