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Trudeau, fils de Séraphin

CANADA-POLITICS/
Photo Reuters Justin Trudeau, accompagné de l’Aga Khan, dans ses bureaux à Ottawa.

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Même les amis de Pierre Elliott Trudeau se moquaient du fait qu’il était gratteux. Tout le monde savait qu’il évitait même de déposer son imperméable au vestiaire pour économiser le pourboire.

Il lui arrivait d’inviter des femmes journalistes à dîner et, à la fin du repas, il leur demandait de partager l’addition. Pierre Elliott Trudeau, lui, était invité partout.

Son fils, Justin, a été élevé de façon spartiate, mais il n’a jamais eu à gagner sa vie. Comme son père, qui avait hérité de la fortune de son propre père. Du temps de mes études à l’Université de Montréal, je croisais parfois ce professeur de droit intellectuel, brillant et arrogant, qui roulait sur le campus en Mercedes sport. Cela faisait « classe » et c’était provocant. Mais le père de Justin se riait des nouveaux riches clinquants et ostentatoires. Il était alors de gauche, évidemment.

Privilège

Justin a été élevé dans un monde où son nom lui ouvrait toutes les portes. Il n’a jamais eu de préoccupations matérielles, à vrai dire. Grâce aux contacts de son père, partout où il voyageait, on l’invitait. C’était normal.

Pas étonnant, donc, qu’une fois premier ministre, il ait gardé le réflexe d’accepter des cadeaux et de voyager. Dans l’île de l’Aga Kahn, grand ami de son père. Lors du voyage familial en Inde, on doute qu’il ait mis la main dans sa poche. Car c’était un voyage officiel. D’ailleurs, toutes ses activités sont plus ou moins officielles. Les gens ordinaires ne peuvent même pas imaginer cette vie d’entretenu. Sa générosité, c’est de payer de sa personne.

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Quand il distribue l’argent, comme durant la pandémie, il doit finir par croire que c’est lui-même, personnellement, qui donne aux citoyens. Qu’il est généreux, contrairement à ses adversaires politiques.

Séduction

Justin Trudeau a accompagné son père chez les chefs d’État du monde entier. Le protocole et les rites associés à l’exercice du pouvoir lui sont familiers. Et sa capacité de séduction est un puissant combustible pour maintenir la flamme chez ses admirateurs. Ce qui explique qu’il réussit à faire excuser ses gaffes comme en Inde, ses manquements à l’éthique, comme son voyage chez l’Aga Kahn, son protecteur en quelque sorte, qui lui ouvre les portes de ses palais après avoir reçu des subventions canadiennes pour ses fondations. Cela s’appelle un renvoi d’ascenseur.

On ne s’étonne pas qu’il éprouve une amitié pour son ministre Bill Morneau, lui-même nourri aux mamelles de la richesse et à l’indifférence appa-rente à l’argent. Cela peut expliquer pourquoi ce dernier ignorait qu’il devait 41 000 $ à ses amis de WE Charity pour deux voyages en compagnie de sa femme et de sa fille au Kenya et en Équateur---.

Le scandale autour de WE Charity, qui a reçu sans appel d’offres 43 millions pour gérer le programme de bourses aux étudiants de 912 millions, ne peut mettre en péril que Bill Morneau---.

Justin Trudeau pourra donc continuer de malmener l’éthique dont il se réclame. Il a toujours des excuses à la bouche, un pardon à demander et une génuflexion à faire pour demeurer au pouvoir, qui lui vient, croit-il, de droit. Car tout lui est dû de par sa naissance.