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«Le cœur pendu»: après le deuil, la maladie

«Le cœur pendu»: après le deuil, la maladie
Photo Jean-François Desgagnés

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Après avoir parlé du double deuil d’un bébé à naître et d’un conjoint dans son premier roman, Pieds nus dans la gravelle, Maude Michaud propose la suite de cette émouvante histoire dans son nouveau livre, Le cœur pendu. La fondatrice de la plateforme web « La parfaite maman cinglante » entre au cœur des émotions vécues par son héroïne, aux prises avec un diagnostic alarmant.

Dans le premier roman, l’héroïne avait du mal à se remettre d’un double deuil. Dans Le cœur pendu, le chagrin est toujours présent, et à cela s’ajoute beaucoup d’anxiété liée à la naissance d’un enfant, à la difficulté d’être mère quand le conjoint est décédé, et à l’annonce d’une maladie grave.

Le cœur pendu n’est pas entièrement autobiographique... mais certains éléments sont tirés de faits vécus par Maude Michaud. «J’ai été confrontée au cancer, à l’automne. J’avais des cellules précancéreuses, mais c’était très facile d’imaginer l’étape d’après parce que le processus est le même», partage-t-elle en entrevue.

«Honnêtement, pré-cancer, c’est peut-être pas aussi alarmant qu’un cancer, mais tu apprends ça, tu ne vois pas vraiment la différence entre les deux.»

Ce livre lui a un peu servi d’exutoire, observe-t-elle. «Ça m’a peut-être permis de comprendre un peu mieux comment je vivais ça de l’intérieur, parce que c’est quand même quelque chose qui est relativement banalisé, surtout quand c’est précancéreux. Mais ce qu’on vit en dedans, je ne m’attendais pas à ça. Je ne m’étais jamais projetée dans un scénario comme celui-là, je ne m’attendais pas à le vivre comme ça et je l’ai pris vraiment dur.»

Des lettres...

Maude Michaud souligne dans son livre à quel point les consultations médicales sont parfois déconnectées des émotions vécues par les patients. «Je trouve ça fascinant. Je n’ai pas décrit à 100 % comment ça s’est passé parce que tout ce qu’ils font, c’est m’envoyer des lettres. Il n’y a jamais personne qui m’a appelée pour me dire que j’avais des lésions précancéreuses. Je reçois des lettres, puis je reçois un appel de l’hôpital qui me dit quand va avoir lieu mon rendez-vous ou mon intervention. C’est tout.»

Mais elle ne souhaitait pas que son roman devienne «une guerre contre le système de santé». «C’était pas ça, mon objectif, mais plutôt de sensibiliser les gens sur le fait que c’est banalisé, en général. Ça valait la peine de le souligner.»

Maude Michaud ajoute qu’à la différence de l’héroïne du livre, elle n’a pas vécu de deuil périnatal, n’a pas perdu de conjoint ni ses parents. «Je suis quelqu’un d’empathique et les gens aiment se confier à moi – c’est une chose que j’aime. J’aime les écouter et leur donner du soutien quand je peux. Je pense que j’ai plus absorbé les émotions et les histoires des autres, et c’est ce que j’ai transposé.»

Émotions vives

Comme mère, Maude Michaud a beaucoup pleuré en écrivant son premier roman, Pieds nus dans la gravelle. «J’ai pleuré en écrivant au sujet du deuil du bébé, et j’ai beaucoup pleuré en écrivant sur le deuil du papa, parce que quelqu’un près de moi a perdu son conjoint dans des circonstances tragiques et on est très proches. Elle a bien voulu partager des choses avec moi pour m’aider dans l’écriture.»

Dans Le cœur pendu, elle va ailleurs, avec les émotions vives liées à l’annonce de la maladie. «J’étais vraiment dans une phase difficile quand je l’ai écrit. Je devais remettre mon manuscrit le 15 janvier et j’ai appris début octobre que j’avais des cellules précancéreuses qui devaient être traitées. Tout mon processus d’écriture a été teinté par ça.»


► Maude Michaud est la fondatrice de la plateforme web «La parfaite maman cinglante».

► Elle a publié Mieux vivre sa maternité en 2018 et Pieds nus dans la gravelle en 2019.

EXTRAIT  

<b><i>Le cœur pendu</i></b><br>
Maude Michaud. Éditions Libre Expression, 216 pages.
Photo courtoisie
Le cœur pendu
Maude Michaud. Éditions Libre Expression, 216 pages.

«Bonne chance. Bonne chance pour quoi, crisse? Bonne chance avec mon envie de varger dans le mur parce que mon chum mort m’a refilé une maladie qui pouvait me tuer? Bonne chance avec les crampes qui vont m’arracher­­­ le ventre? Bonne chance pour ne pas devenir complètement folle pis me mettre à me péter la tête contre les murs en attendant de savoir si j’allais crever? Bonne chance avec le cancer s’il avait décidé de continuer de me manger le dedans pis qu’on ne se revoyait pas parce que je mourais trop vite?»