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Une habitude loin d’être ancrée

Encore bien des clients oublient le masque ou le portent mal dans les commerces, mais les crises restent rares

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« Madame, avez-vous un masque ? » ou « Faudrait porter le masque, monsieur ! » : ces phrases ont résonné toutes les 20 minutes dans un dépanneur de la Rive-Sud où Le Journal a passé un après-midi à observer les clients qui y entraient.

• À lire aussi: Le masque est moins efficace s’il est mal porté

Même si la grande majorité des clients l’acceptent sans broncher depuis une semaine, le port du masque semble encore loin d’être une habitude bien ancrée.

Environ un client sur 10 l’avait oublié ou le portait plutôt autour du cou.

« La plupart [des clients] sont compréhensifs. C’est plus une question d’oubli. Je pense que des gens ne veulent tellement pas le mettre qu’ils font exprès de l’oublier. Mais on n’a pas eu de problèmes, pas eu de manque de respect », explique Louis-Pascal Ferraro, gérant du Dépanneur Nobert de Longueuil, qui appartient à son père.

Le jeune homme de 19 ans craignait de devoir jouer à la police ou y faire appel pour des clients récalcitrants. « On s’attendait à pire », souffle-t-il.

Dans plusieurs commerces comme le sien, s’assurer que les clients obéissent aux nouvelles règles sanitaires est la responsabilité d’adolescents.

Plus mature qu’eux

« Certains clients sont comme “non, moi je ne porte pas de masque”, remarque le commis Raphaël Raymond-Allaire. Tu fais juste être plus mature qu’eux et ils finissent par comprendre ou ils s’en vont dans un autre dépanneur », dit celui qui est aussi âgé de 19 ans.

Pendant environ cinq heures passées dans le dépanneur, Le Journal a pu observer quatre types de clients à surveiller. 

  • Ceux qui entrent sans masque, mais qui retournent à leur voiture chercher celui qu’ils ont oublié. « J’en ai un dans mon char », lance un client en faisant demi-tour ; 
  • Ceux qui entrent sans masque, mais qui réalisent leur erreur et s’en procurent un auprès du commerce. « Ah ! » s’exclame une cliente en levant les mains dans les airs, mais rapidement, un commis s’empresse de lui remettre un masque ; 
  • Ceux qui ont un masque, mais qui le portent sous le menton, parfois sous le nez, et qui doivent être rappelés à l’ordre. « Faudrait porter le masque, monsieur », exige un commis à un client qui gardait son masque autour du cou ; 
  • Enfin, il y a ceux qui n’ont pas de masque et qui tentent discrètement, mais sans succès, de passer inaperçus. « Madame, est-ce que vous avez un masque ? C’est vraiment important. Nous ne laissons pas les gens entrer sans masque », explique un commis à une cliente qui cherchait à se faufiler dans les allées.  

Débrouillard

Il existe aussi le client débrouillard, qui a fait ses courses torse nu, car il utilisait sa camisole comme couvre-visage, ayant oublié d’apporter un masque avec lui.

« L’habitude n’est pas encore rentrée [...] Je ne l’avais pas sur moi, j’ai essayé quelque chose », dit en riant l’homme qui a préféré taire son identité.

Comme bien des commerces, le dépanneur Nobert a dépensé environ 6000 $ pour se protéger de la COVID-19.

Panneaux de plexiglas, grande quantité de gel désinfectant pour les clients et les employés, puis des masques pour éviter de perdre une vente à un client qui n’aurait pas le sien. 

JAMAIS SANS MON MASQUE  

André Côté, 78 ans, porte le masque partout pour protéger son épouse à la santé fragile, car il s’inquiète des sombres conséquences si elle devait contracter le virus.
Photo Hugo Duchaine
André Côté, 78 ans, porte le masque partout pour protéger son épouse à la santé fragile, car il s’inquiète des sombres conséquences si elle devait contracter le virus.

« Moi, j’ai ma femme qui est hypothéquée en maudit », explique sans détour André Côté. Pas question pour cet aîné de 78 ans de prendre la moindre chance.

« Dès que je rentre, je me lave les mains aussi », poursuit-il, ajoutant qu’il a plusieurs masques dans sa voiture pour éviter d’en manquer.

« C’est spécial », souffle-t-il néanmoins quant à cette nouvelle norme qui l’oblige à faire ses courses masqué.

Pour sa part, Jonathan Couture estime que c’est en regardant les autres que l’habitude de porter le masque commence à s’implanter.

« L’effort collectif de voir tous les gens qui portent le masque, tu sors de ta voiture et tu vois quelqu’un qui a le sien et ça te rappelle de sortir le tien », dit le trentenaire.

« J’ai un masque lavable et quelques masques jetables en back up », poursuit-il, même s’il a hâte que la COVID-19 ne soit plus qu’un mauvais souvenir. 

FAIRE DEMI-TOUR  

Nicole Côté n’a pas hésité à retourner chez elle chercher le masque qu’elle avait oublié. Elle en gardera dorénavant dans sa voiture pour toujours en avoir.
Photo Hugo Duchaine
Nicole Côté n’a pas hésité à retourner chez elle chercher le masque qu’elle avait oublié. Elle en gardera dorénavant dans sa voiture pour toujours en avoir.

C’est juste avant d’entrer dans le dépanneur Nobert que Nicole Côté a réalisé son oubli. « Mais je suis retournée chez moi [chercher mon masque]. Il n’y a pas de problème, il faut faire ça », lance la résidente de Longueuil.

Travaillant elle-même dans le commerce au détail, elle passe ses journées avec un masque et une visière au visage pour se protéger de la COVID-19, car elle redoute de contracter le coronavirus.

Par contre, c’est une habitude à prendre, un peu comme les sacs réutilisables à l’épicerie.

« Là, je vais en mettre un partout, dans mes sacs, dans ma voiture, dans le motorisé, j’en aurai tout le temps », détaille-t-elle.

Et porter le masque ne l’incommode pas. « Moi, je trouve ça cute. Il y a de beaux masques », poursuit-elle, arborant justement un masque rose à l’effigie des princesses de Disney.

Andrew Gagnon, âgé de 19 ans, avait un masque dans sa voiture, mais il l’a oublié avant de rentrer dans le dépanneur. Il a donc fait demi-tour pour aller le chercher.

« Honnêtement, je ne le mettrais pas. Mais, on n’a pas le choix, je mets mon masque et je me la ferme », affirme-t-il, conscient que ce n’est pas le commerce qui lui impose de le porter. 

LES OUBLIS  

Eugénie Morin (à gauche) et Virginie Bertin avaient toutes les deux oublié leur masque à leur arrivée au dépanneur de Longueuil.
Photos Hugo Duchaine
Eugénie Morin (à gauche) et Virginie Bertin avaient toutes les deux oublié leur masque à leur arrivée au dépanneur de Longueuil.

Eugénie Morin avait oublié son masque en rentrant faire quelques courses au dépanneur, mais ce n’est pas parce qu’elle ne veut pas en porter.

« Moi, je travaille en santé, c’est sûr et certain que je le mets [...] J’en ai vu des gens mourir et j’ai pleuré, car ça fait mal de voir ça », souffle-t-elle, ajoutant que c’est seulement « une question d’habitude » pour elle de se souvenir d’en mettre un à l’extérieur du travail.

Le port obligatoire la sécurise aussi lors de ses visites dans les endroits où il est difficile de garder ses distances avec les autres.

« Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est important de se protéger », ajoute à son tour Virginie Bertin, qui a dû faire l’achat d’un masque au dépanneur.

La femme de 38 ans se décrit comme immunodéprimée et assure avoir l’habitude de porter un masque, même avant que cela ne devienne obligatoire.

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