/news/politics
Navigation

Des similitudes avec le scandale des commandites

Un lanceur d’alerte fait des rapprochements avec l’affaire WE Charity

HEALTH-CORONAVIRUS/CANADA
Photo d’archives Justin Trudeau, lors de son arrivée à une réunion sur la COVID-19 en mai dernier. Il doit témoigner jeudi devant le comité des finances sur les 900 M$ octroyés à WE Charity.

Coup d'oeil sur cet article

OTAWA | L’affaire WE Charity présente les ingrédients d’un cas de corruption au plus haut niveau, estime un lanceur d’alerte qui y voit des similitudes avec le scandale des commandites qu’il a contribué à révéler.

« Nous assistons à quelque chose de vraiment similaire », estime Allan Cutler, qui a été le premier à dénoncer les abus du programme de commandites alors qu’il était haut fonctionnaire au ministère des Travaux publics.

M. Cutler dirige aujourd’hui l’organi-sation Anti-Corruption and Accountability Canada qui fournit un soutien aux dénonciateurs du secteur public et du secteur privé.

Il souligne que, depuis l’élection du gouvernement Trudeau, le Canada ne cesse de perdre des plumes au classement international de la corruption, le Corruption Perceptions Index.

Classé 7e au monde entre 2012 et 2016, l’unifolié a fait une chute de cinq points depuis, se classant désormais au 12e rang mondial de cet index de l’organisme Transparency International, une coalition mondiale contre la corruption.

Le premier ministre, Justin Trudeau, fait l’objet d’une enquête du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique dans l’affaire WE Charity. Il s’expliquera aussi devant le comité permanent des Finances, jeudi.

Ce comité questionnera aujourd’hui les cofondateurs de WE Charity, les frères Marc et Craig Kielburger.

Crainte de représailles

Alors que le gouvernement plaide que la décision de travailler avec WE Charity a émané d’une recommandation « indépendante » des fonctionnaires, M. Cutler n’en croit rien.

Les fonctionnaires qui ont témoigné devant le comité des finances ont indiqué qu’une proposition de WE Charity circulait dans les bureaux des ministres avant que le gouvernement ne demande à la fonction publique d’élaborer un programme pour aider les jeunes.

M. Cutler souligne qu’en raison de la pandémie, « les gens travaillent dans la peur de perdre leur emploi ». Dans ce contexte, ils se plient à toutes les requêtes qui émanent du haut de la hiérarchie.

La même crainte hantait les fonctionnaires au temps des commandites, quand le gouvernement Chrétien mettait la hache dans le service public, rappelle M. Cutler, qui a été candidat conservateur en 2006.

Reddition de compte

L’ex-haut fonctionnaire s’inquiète également que le gouvernement ne semble pas demander de comptes à WE Charity afin de savoir ce qui est advenu des millions de dollars versés à cette organisation depuis 2015.

Le gouvernement a par exemple versé 3 M$ à WE Charity en août 2019, mais il a jusqu’à présent été incapable de renseigner Le Journal sur ce qui a été fait avec cette somme, indiquant attendre le rapport final de l’organisme.

« Aucune entente ou contrat ne devrait être signé sans l’exigence de fournir des rapports de progrès », gronde M. Cutler.

​Quels résultats ?

L’ancienne présidente du conseil d’administration de WE Charity, Michelle Douglas, s’est elle-même montrée très sceptique à l’égard des résultats que WE Charity prétend avoir sur le terrain. 

Mme Douglas a quitté son poste avec la presque totalité du conseil d’administration de WE Charity en mars. Elle témoi-gnera aujourd’hui devant le Comité permanent des finances, juste avant Marc et Craig Kielburger.

Lundi, on apprenait que WE Charity ne devait pas distribuer 900 M$ en bourses pour le bénévolat étudiant, mais presque moitié moins, soit 500 M$. C’est ce qu’indique l’entente écrite sur la gestion du programme fournie au comité des finances.

Le gouvernement a pourtant toujours fait la promotion d’un généreux programme de près d’un milliard de dollars.