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Trump, le terroriste

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Photo AFP Des policiers fédéraux montent la garde devant la cour fédérale Mark O. Hatfield, à Portland, où des manifestants s’étaient donné rendez-vous dans la nuit de samedi à hier.

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Oubliez les protestations « Black Lives Matter », oubliez la protection des statues qui se trouvent sur les terrains fédéraux. Les manifestations qui se déroulent dans plusieurs villes américaines sont en train de prendre une tournure beaucoup plus inquiétante.

Elles opposent des forces qui luttent contre l’injustice sociale et économique grandissante aux forces qui cherchent à conserver la répartition trop inégalitaire de la richesse aux États-Unis.

Elles transforment les policiers fédéraux en police politique.

Donald Trump n’hésite pas à qualifier de « terroristes et d’anarchistes » ceux qui s’opposent à lui. Il cherche à donner l’impression qu’il est un président à la poigne ferme.

De son point de vue, il n’a pas tout à fait tort. Les manifestants qui surgissent un peu partout aux États-Unis se révoltent contre l’ordre que veulent imposer certains super-riches.

Mais en fait, les vrais terroristes, ce sont les puissants qui, comme Trump, veulent détourner les institutions pour s’enrichir encore davantage. En bon terroriste, Trump n’hésite pas à essayer de terroriser ceux qui s’opposent à cet enrichissement.

En théorie, les policiers fédéraux ont été envoyés pour protéger les statues érigées sur les terrains du gouvernement fédéral.

Problème réel

Comme d’habitude, Trump a mis le doigt sur un problème réel. Déboulonner des statues est une décision qui devrait être prise à tête reposée par des élus. Les foules en colère ne sont pas réputées pour leur bon jugement.

Mais la réponse de Trump est dangereuse. Envoyer des policiers armés jusqu’aux dents pour protéger des statues est non seulement un gaspillage de ressources, mais surtout une provocation inutile. Une provocation qui revient à laisser entendre aux manifestants qu’il défend les pires défauts des personnages historiques qui sont attaqués.

La sottise de Trump fait changer de cible aux manifestants. Désormais, ils demandent l’expulsion des policiers fédéraux des villes où ils ont été déployés. Ces policiers non identifiés, dans des autos banalisées, arrêtent les citoyens, souvent sans raisons valables.

Ils sont, avec raison, assimilés à une police politique qui vise à faire taire les manifestants en les intimidant. Leur présence n’a été demandée par aucune ville. Les maires et les gouverneurs dénoncent Trump et l’accusent d’abus de pouvoir. Ces maires, ces élus, sont-ils des terroristes et des anarchistes ? Certainement pas.

Fondements d’une dictature

Il est possible que Trump cherche à multiplier les circonstances qui lui permettraient de contester devant les tribunaux une éventuelle défaite à la prochaine élection présidentielle. Les manifestations, la crise économique et la COVID-19 pourraient plaider en faveur de l’annulation des résultats électoraux dans certaines circonscriptions.

Mais une telle stratégie pourrait finir par discréditer l’ensemble du système électoral américain et par instaurer une dictature.

Il est vrai que certains républicains voient loin. D’ici 2040 les divers groupes minoritaires formeront la majorité de la population américaine. Pour cette raison, les chances des républicains de former un gouvernement élu diminuent chaque année.