/opinion/columnists
Navigation

Qui dit contrainte, dit conséquences

Conférence de presse à Montréal sur la situation de la COVID-19
Photo Ben Pelosse La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault disait hier qu’elle réfléchissait à un possible resserrement des mesures répressives. Accélérer le pas serait sage.

Coup d'oeil sur cet article

Chez les humains, les crises majeures et les pressions de toutes sortes qu’elles créent les amènent souvent à révéler le meilleur d’eux-mêmes.

• À lire aussi: COVID-19 et partys de jeunes ne font pas un bon ménage

• À lire aussi: Jour 1 du masque obligatoire dans le métro

Malheureusement, chez une partie d’entre eux, les crises peuvent aussi provoquer des comportements de résistance et de délinquance. Voire même parfois de déviance ou de violence.

Le phénomène est vieux comme le monde. La pandémie mondiale de COVID-19 ne fait pas exception.

Au Québec comme ailleurs, l’existence des médias sociaux comme « chambre d’écho » et les multiples théories de complot qu’on y dissémine décuplent toutefois la prévalence des comportements déviants.

Ajoutons-y la fatigue post-confinement, les vacances, le besoin pressant des Montréalais de sortir de leur ville étouffante, l’individualisme ambiant dans nos sociétés et des enfants-rois aujourd’hui jeunes adultes.

Voilà la recette parfaite des dérapages anti-consignes qu’on observe cet été. Y compris même chez plusieurs « touristes » d’ici qui, en régions, se comportent sans vergogne comme des malfrats malpropres.

Le mouvement anti-masques – quant à lui, sous-produit en partie du trumpisme –, bascule dans des actions grossières d’agressions verbales et/ou physiques.

Prises ensemble, toutes ces situations délinquantes sont certes minoritaires. Face à un virus ultra-contagieux, elles n’en mettent pas moins en danger la santé des gens et la sécurité publique. 

Cibles

Des journalistes en ont également été les cibles. Comment ne pas y voir un énième effet de contagion du trumpisme pour lequel les « méchants médias de gauche » seraient les « ennemis du peuple » ?

Nos collègues Kariane Bourassa et Yves Poirier ont subi des agressions qui, pour leurs auteurs, auraient dû se terminer en arrestations policières.

Mme Bourassa ne fut non pas « enlacée », mais agressée par deux hommes anti-masques aux sourires triomphalement machistes. M. Poirier fut agressé verbalement de manière sauvage et s’est fait lancer une canette de bière.

Je persiste : par définition, la « sensibilisation » auprès des récalcitrants les plus obtus est mission impossible. C’est pourquoi l’État doit les contraindre plus clairement à porter le masque là où il est imposé. Sauf, bien entendu, pour les exceptions connues.

Pas le luxe du temps

Car dans le domaine complexe des changements comportementaux visant à sauver des vies, qui dit contrainte, dit aussi conséquences. Incluant notamment des amendes individuelles salées.

D’autant plus qu’avec la COVID-19, contrairement au port obligatoire de la ceinture de sécurité ou l’interdiction de fumer dans les lieux publics, les autorités, elles-mêmes tardives à imposer le masque, n’ont plus le luxe du temps.

Quant aux agressions verbales et/ou physiques, c’est aux forces policières de s’en occuper nettement plus. Manifester sans violence contre le masque est un droit fondamental. Intimider ou agresser ne l’est pas.

C’est donc au gouvernement de sévir. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, disait hier qu’elle y réfléchissait. La rentrée s’approchant, avec ses risques réels de propagation du virus, accélérer le pas serait sage.

Le Québec est une société pacifique dont la majorité respecte maintenant la contrainte imposée et temporaire du masque dans les lieux publics clos.

À l’aube d’une deuxième vague, ces citoyens et citoyennes méritent que l’on protège encore mieux leur santé et leur sécurité.