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Faisons du ménage à Rideau Hall

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Photo AFP Qu’on ouvre grand ses portes aux citoyens qui, par leurs impôts, financent la monarchie, ses dérivés ou ses dérives, à coups de cinquante millions par an !

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Comme le dirait « la star du ménage », Marie Kondo, il faut savoir remercier ce qui nous est devenu inutile.

Rideau Hall (et son immense parc), qui a fait les manchettes récemment en raison de comportements reprochés à l’actuelle gouverneure générale Julie Payette, constitue un musée vivant de la monarchie britannique.

Qu’on ouvre grand ses portes aux citoyens qui, par leurs impôts, financent la monarchie, ses dérivés ou ses dérives, à coups de cinquante millions par an !

Car il s’agit bien là de la seule fonction de la gouverneure générale et de ses lieutenants pour chacune des provinces : représenter Sa Majesté la Reine.

Une occasion à saisir

Le Union Jack, les canons et la calèche royale partout dans nos médias...

Quoi qu’on pense des potins et des chicanes internes de la famille royale, c’est à ce genre de contenu qu’il faudra s’attendre sous peu si nos politiciens ne saisissent pas la chance qu’ils auront bientôt de moderniser le pays.

Car, comme le rappelait l’ex-ministre Claude Castonguay dans une lettre ouverte publiée au début de 2020, l’âge vénérable de la reine et son éventuelle succession devraient être pour les Canadiens peut-être – mais assurément pour les Québécois – une occasion de s’en affranchir.

Se définir comme république

On peut donc féliciter Simon Jolin-Barrette qui, à la satisfaction de Québec solidaire et du Parti québécois, avait inclus à la page 41 de sa réforme parlementaire présentée juste avant la pandémie, « que le serment d’allégeance à la reine devienne facultatif et que la décision d’y souscrire ou non revienne à chaque député. »

  • Écoutez le commentaire de Pierre Nantel, à QUB Radio:

Pour l’avoir vécu lors de mes assermentations à Ottawa, je peux vous confirmer qu’à l’instar des élus de Québec solidaire je rêvais d’un placard où prononcer ces mots d’une autre époque pour finalement exiger l’ajout de la phrase suivante, comme pour compenser : « J’affirme également que je respecterai dans l’exercice de mes fonctions les traités conclus avec les peuples autochtones ».

Mais s’affranchir de la monarchie implique de se définir comme république.

Maintes fois sondés à ce sujet depuis des décennies, on peut dire qu’une large part des Québécois, toutes origines confondues, souhaiterait s’affranchir de Buckingham Palace.

Certainement beaucoup plus que le Rest Of Canada, pour qui le lien à la monarchie contribue toujours à distinguer les Canadiens anglais des Américains.

Il suffirait de presque rien...

Que le Canada embrasse ou non cette nouvelle ère, rien n’empêche le Québec, comme le rappelait le constitutionnaliste André Binette1 : d’affirmer sa distinction en convertissant le poste de lieutenant-gouverneur en présidence élue, rejoignant ainsi l’Allemagne et l’Italie, qui demandent aussi à leurs parlementaires d’élire un président.

Rien, sauf de recourir à l’obligation de négocier, comme formulée par la Cour suprême du Canada en 1998, en s’appuyant sur le gros bon sens des Québécois.


1. André Binette, La fin de la monarchie au Québec, Montréal, Les Éditions du Renouveau québécois, 2018, 162 pages.