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Les gnochons et le drapeau

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La scène a fait le tour du web.

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La journaliste Kariane Bourassa couvrait dimanche la manifestation antimasques à Québec quand deux hommes se sont permis de l’enserrer pour lui faire un « câlin ».

C’est la nouvelle mode, apparemment : pour braver la COVID, pour prouver qu’on n’a peur de rien, on s’enlace publiquement.

Masque

Sauf que la journaliste n’avait rien demandé de tel, et dans les circonstances, cette accolade forcée n’avait rien de sympathique. C’était un geste invasif, hostile, dissimulé derrière un sourire.

Il y a de quoi se poser la question : comment se fait-il que certains hommes, dès qu’ils se sentent désinhibés, se transforment en gorilles ? Qu’est-ce qui déclenche dans leur tête le droit de s’emparer d’une femme ainsi ?

  • Écoutez le chronique de Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur au Journal de Montréal, à QUB Radio:

En fait, ces jours-ci, les gestes inquiétants se multiplient.

La veille, son collègue, Yves Poirier, s’était fait entourer à Montréal par des manifestants hostiles l’insultant copieusement, comme s’ils voulaient le lyncher symboliquement. Ils ne se contentèrent pas de le critiquer de manière civilisée. Ils se comportèrent à son endroit de manière barbare. On se sent toujours fort en bande contre un homme seul.

Ce qui ressortait de ces deux scènes témoigne d’un empoisonnement de la vie sociale. Certains militants antimasques semblent tentés par la violence physique. Nous savons que nous entrons dans une époque tendue. Mais la situation se dégrade à grande vitesse, comme si certains interdits et certaines normes permettant aux gens de cohabiter de manière civilisée s’effondraient sous nos yeux.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Les codes culturels américains dans ce qu’ils ont de pire semblent s’imposer chez nous. Souhaite-t-on vraiment importer chez nous la violence de nos voisins du sud ?

Chose certaine, les réseaux sociaux, qui prennent une place croissante dans la vie sociale, contribuent à créer des mondes parallèles où les gens ne se parlent pas et apprennent à se détester à temps plein. Et cet univers virtuel devient leur principal lieu d’interactions sociales.

Je veux bien croire qu’on doute des vertus du masque et qu’on se questionne devant les discours contradictoires de la Santé publique. Je veux bien croire qu’Horacio Arruda ne fait plus l’unanimité et qu’on critique sa gestion de la pandémie. Je comprends parfaitement qu’on trouve pénible cette période, même s’il ne faut pas oublier que les présentes mesures sont temporaires. Et je suis convaincu que bien des manifestants étaient de bonne foi.

Mais une certaine manière de protester contre le masque fait remonter à la surface une vision quasi paranoïaque de la société. Le désir de liberté vient s’y avilir.

Colère

Le général de Gaulle, citant Shakespeare, disait qu’un homme se grandit en embrassant une grande querelle. Celle qui domine les jours présents me semble bien petite.

Bien des Québécois peinent à sortir leur drapeau pour lutter contre le déclin de la langue française ou pour soutenir l’indépendance, mais le brandissent désormais dans des happenings douteux où des brutes sévissent.

Ils le salissent en l’associant à de tels comportements. Le patriotisme québécois ne devrait pas servir à justifier les hurlements de la meute lyncheuse.