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Pandémie et laïcité, l’art de faire dans la mauvaise foi...

Un psy qui se tourne les pouces à la maison
Photo d’archives

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Parmi certain(e)s des plus féroces opposant(e)s à la loi 21 sur la laïcité, il s’en trouve pour continuer à faire un amalgame plus que douteux entre port du couvre-visage en temps de pandémie mondiale et Loi sur la laïcité de l’État.

On connaît l’aversion de la chroniqueuse du Devoir (et ex-militante libérale) Émilie Nicolas pour la loi 21. Mais il y a toujours bien des limites à la mauvaise foi. 

Dans une envolée populiste au possible, mardi, elle a proposé l’amalgame douteux selon lequel le port du masque pour des raisons sanitaires s’apparenterait au port de signes religieux.

Et comme, en situation de pandémie mondiale, la population accepte temporairement, pour endiguer la propagation du virus, de se couvrir le visage, quel mal, alors, y aurait-il à cautionner que les services publics soient rendus et reçus visage couvert pour des raisons religieuses?

Si le couvre-visage en situation de pandémie mondiale ne nuit pas au «vivre-ensemble», il n'y a pas de raison pour que la banalisation du port de signes religieux y nuise! Ça va de soi!

Plus loin dans cette discussion, Émilie Nicolas répond, à quelqu’un qui lui fait remarquer que «la seule raison pragmatique pour laquelle les gens se couvrent le visage est la pandémie», que nenon!

«Pis l’hiver aussi. Ça n’a jamais dérangé personne.»

Rendu là, devant un tel sophisme, de calibre olympique, est-ce que ça vaut même encore la peine de débattre? À ceux qui s’inquiètent des dérives populistes de Christian Rioux au Devoir, je vous suggère de regarder un peu du côté de Mme Nicolas...

Ce qui «vieillira mal», ce sont les attaques de ce genre contre la loi 21, lesquelles rebutent même plusieurs critiques de ladite loi.

Insulte à l’intelligence

En mai dernier, en réaction à une autre charge de certain(e)s militant(e)s anti-laïcité qui faisaient exactement le même genre de raccourci douteux entre laïcité et port du couvre-visage en temps de pandémie mondiale, Nadia El-Mabrouk, Daniel Baril et Claude Kamal Codsi, du Rassemblement pour la laïcité, répondaient de la manière suivante:

«Malgré la formidable absurdité d’une telle affirmation, le fait que plusieurs l’évoquent publiquement, dans l’intention manifeste de ridiculiser la Loi sur la laïcité de l’État, nous force à réagir. Rappelons donc quelques évidences. Le “couvre-visage” est un accessoire recommandé, de façon très temporaire et en raison de conditions sanitaires exceptionnelles, à toute personne, femme ou homme, ne pouvant respecter la consigne de distanciation physique. En quoi cette recommandation de la santé publique soulèverait-elle “d’énormes contradictions vis-à-vis du port de signes religieux que le gouvernement Legault s’est fait un devoir d’interdire”, comme l’affirme la chroniqueuse? Il serait bon, tout d’abord, de rappeler à toute personne tentée par ce mélange des concepts qu’il est clairement mentionné, à l’article 9 de la Loi sur la laïcité de l’État (projet de loi 21 adopté en 2019), que l’obligation d’avoir le visage découvert ne s’applique pas “à une personne dont le visage est couvert en raison d’un motif de santé, d’un handicap ou des exigences propres à ses fonctions ou à l’exécution de certaines tâches”. Dans le cas des enseignants et enseignantes, le devoir d’interdire les signes religieux aux employés de l’État relève du devoir de protéger la liberté de conscience des élèves, clientèle jugée vulnérable et captive par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, en évitant de les exposer toute la journée à des signes religieux ostentatoires, tandis que le devoir de recommander le port du masque relève du devoir de protéger tous les citoyens contre la propagation du virus. Où est donc la contradiction?»

Il n’y a pas de contradiction. C’est l’évidence. Mais pour celles et ceux qui sont allergiques à la loi 21, l’occasion est trop belle. Aucun raccourci ne sera épargné.

Racisme et laïcité

Au cours des dernières semaines, dans la foulée des manifestations qui ont fait suite à l’assassinat de George Floyd, un homme noir, par des policiers de Minneapolis, un autre raccourci douteux a été à la base d’attaques contre la Loi sur la laïcité de l’État.

Plusieurs militants anti-laïcité ont voulu faire le rapprochement entre racisme (systémique) et laïcité de l’État. Encore une fois, on entre de plain-pied dans la mauvaise foi.

Cette fois, Claude Kamal Codsi et Étienne-Alexis Boucher, du Rassemblement pour la laïcité, ont tenu à remettre les pendules à l’heure:

«À Minneapolis, la mort de l’Afro-Américain George Floyd aux mains d’un policier le 25 mai dernier, dans les circonstances que l’on connaît, a suscité une immense et compréhensible vague d’indignation à travers le monde entier. S’il est légitime d’appeler à de profonds changements, le débat québécois à cet égard a pris une tournure très particulière. Des voix se sont ainsi élevées pour dénoncer l’existence d’un “racisme systémique” au Québec en se basant notamment sur l’existence de la Loi sur la laïcité de l’État. Le malheureux amalgame entre racisme et laïcité ne peut être le signe que d’une incroyable méconnaissance de la laïcité ou de la mauvaise foi de certains opposants à la Loi sur la laïcité de l’État. Si nous présumons de la bonne foi des intervenants, nous considérons alors essentiel de revenir aux fondements de la laïcité, manifestement incomprise. 

Un peu d’histoire

Les origines du débat québécois portant sur les liens entre l’État et les religions remontent à plusieurs décennies. Alors que des liens étroits et profonds ont toujours existé entre l’État québécois et les religions, notamment celle catholique, dès le XIXe siècle des individus progressistes se sont regroupés afin de s’émanciper du pouvoir clérical. En 1948, la publication du manifeste Refus global avait notamment pour objectif de dénoncer la mainmise de l’Église (catholique) sur la société “canadienne-française”. Ce désir d’émancipation s’est largement concrétisé au cours de la Révolution tranquille, qui a procédé à une sécularisation des institutions de l’État, notamment en matière d’éducation et de santé. Plus récemment, la crise des accommodements raisonnables (2006-2007) a débouché sur la création de la commission Bouchard-Taylor, qui déposa son rapport en 2008, recommandant notamment l’interdiction de porter des signes religieux pour les agents de l’État en position d’autorité, dans l’exercice de leurs fonctions. L’adoption de la Loi sur la laïcité est donc l’aboutissement d’un long cheminement de la société québécoise vers son émancipation face aux religions, et non le signe d’une quelconque volonté de repli sur soi.

Les principes à la base de la laïcité

Il nous est impossible d’être d’accord avec des propos liant une idéologie aussi sectaire et rétrograde que le “racisme” à la notion de laïcité, alors que cette dernière tire son origine de quatre principes structurants d’une société progressiste.»

Plusieurs Québécoises et Québécois progressistes se demandent d’ailleurs comment une part de la gauche, dont le parti de gauche lui-même à l’Assemblée nationale, en est venue à voir dans la laïcité de l’État – pourtant un des principes fondateurs de Québec solidaire en 2006 – quelque chose de réactionnaire, voire une marque d’intolérance.

À un point tel que, même en temps de pandémie mondiale, à coups de sophismes douteux, tout sera mis en œuvre pour continuer le combat contre la loi 21...