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Des millions $ transférés au Cambodge sous la menace

Jean-François Malo, accusé de tentative de meurtre, fait aussi face à une poursuite au civil

GEN - PERQUISITION CHEZ JEAN-FRANÇOIS MALO
Photos Martin Alarie et courtoisie Jean-François Malo (en mortaise) a vu un de ses immeubles de Joliette (photo principale) perquisitionné le 17 juin dernier. Il est en ce moment détenu après avoir été accusé de tentative de meurtre sur un avocat de Mont-Saint-Hilaire, Nicholas Daudelin.

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L’homme d’affaires de Joliette, accusé de tentative de meurtre sur un avocat, est pointé du doigt pour un transfert frauduleux allégué de millions de dollars au Cambodge.

Jean-François Malo, arrêté le 19 juin dernier par la Sûreté du Québec, n’est pas au bout de ses peines.

Il est conjointement poursuivi au civil avec un notaire lavallois, Simon Chartrand, pour une fraude alléguée. Une entreprise de Rosemère, Gestion Groupe Bernard inc., leur reproche d’avoir tenté de faire disparaître 3,8 M$.

 

  • Félix Séguin est revenu sur l’affaire à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio:

En novembre 2019, la firme était en négociations pour acheter 42 immeubles appartenant à des compagnies de Malo. Pour faciliter la transaction, elle a accepté de lui verser une avance de 3,4 M$ avant la fin des pourparlers.

Le notaire Chartrand devait conserver la somme dans son compte en fidéicommis et la rembourser si les négociations achoppaient.

En réalité, les millions ont pris immédiatement le chemin d’un autre compte du notaire à la Banque Toronto-Dominion. Puis le 22 novembre, Chartrand a tenté de faire virer l’argent à une entreprise du Cambodge en présentant une lettre qu’auraient prétendument signée les avocats du Groupe Bernard.

La TD a alors refusé et une enquêtrice de la Banque a alerté l’entreprise. Le Groupe Bernard a alors contacté Chartrand pour qu’il lui rembourse la somme, mais le notaire n’a jamais répondu.

Ses enfants menacés ?

En mai dernier, un jugement intérimaire déterminait que la lettre en question était un faux document, « malhabile au demeurant ».

Chartrand assure « qu’il a été forcé » de tenter le transfert au Cambodge « sous le coup d’une menace à l’endroit de sa famille immédiate, dont ses propres enfants », mentionne la décision.

En juin, le juge Bernard Synnott a prononcé deux ordonnances Anton Piller et Mareva contre Malo et le notaire Chartrand. 

Ces procédures civiles permettent la saisie de documents dans leurs bureaux afin de préserver la preuve et empêchent Malo de disposer de ses biens.

Nulle part les jugements n’identifient l’auteur des menaces à l’endroit de Chartrand, mais le Groupe Bernard considère que Malo est derrière le stratagème de fraude.

L’entreprise n’est pas près de revoir ses millions, car avant de tenter de les envoyer au Cambodge sans succès, Chartrand avait déjà réussi à y transférer près de 3,8 M$, réclamés ceux-là par une autre compagnie ayant fait une transaction avec Malo, Capital Transit.

Le notaire doit donc 7,2 M$, mais ne dispose plus que de 3,4 M$ dans son compte en fidéicommis. Les deux entreprises victimes du stratagème risquent donc de perdre la moitié de l’argent qui leur est dû, disparu en Asie.

« Comportements frauduleux »

En juin, le juge Synnott a souligné que les faits allégués et la preuve « font apparaître des comportements répétés, louches et frauduleux ». « Les allégations sont solides, voire accablantes », a-t-il écrit.

Elles permettent de penser que Malo a voulu cacher certains de ses biens et « camoufler des données informatiques », selon le juge.

Le Groupe Bernard a donc obtenu des ordonnances Anton Piller et Mareva. Le processus est en cours et les parties doivent se retrouver en cour le 13 août.

Entente hors cour entre Desjardins et Malo 

Desjardins s’est entendu hors cour avec Jean-François Malo, dans le cadre d’une poursuite pour récupérer près de 3,5 M$ que le Mouvement l’accuse d’avoir détournés et près de 2,5 M$ en dommages et intérêts.

L’accord a été mentionné au dossier le 5 juin. C’est seulement quelques semaines après la tentative de meurtre contre l’un des avocats qui travaillaient sur le dossier pour Desjardins, Nicholas Daudelin, du cabinet LCM. Le dossier de cour mentionne un « règlement total ».

Desjardins refuse de préciser le contenu de l’entente passée avec Malo. « Ce n’est pas encore tout à fait réglé, on ne peut pas commenter », dit la porte-parole du Mouvement, Chantal Corbeil.

Une balle à la jambe

Desjardins jugeait Malo responsable d’un vaste stratagème frauduleux. Selon l’institution financière, plusieurs entreprises lui auraient emprunté des fonds avant de lui transférer les sommes et de déclarer faillite.

La Sûreté du Québec a arrêté le promoteur le 19 juin. Il est accusé de tentative de meurtre.

Nicholas Daudelin a été blessé d’une balle à la jambe chez lui le 26 mars.

Deux hommes soupçonnés d’être liés aux gangs de rue ont alors sonné chez lui. Il a refusé de leur ouvrir, mais un des suspects a tiré à travers la porte, atteignant l’avocat à une jambe.

En plus de Malo, deux autres personnes ont d’ailleurs été arrêtées dans cette affaire en juin.