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Pas en conflit d’intérêts, soutient Justin Trudeau

Justin Trudeau est arrivé masqué à son bureau jeudi. Témoignant par vidéoconférence au Comité permanent des finances qui tente de faire la lumière sur l’affaire WE Charity, il a assuré que l’organisme « n’a reçu aucun traitement préférentiel ».
Photo AFP Justin Trudeau est arrivé masqué à son bureau jeudi. Témoignant par vidéoconférence au Comité permanent des finances qui tente de faire la lumière sur l’affaire WE Charity, il a assuré que l’organisme « n’a reçu aucun traitement préférentiel ».

Coup d'oeil sur cet article

Le premier ministre Trudeau savait dès le départ que l’entente entre son gouvernement et WE Charity serait controversée à cause des liens avec sa famille. Mais il a quand même choisi de participer aux discussions menant à l’octroi de près d’un milliard de dollars à cet organisme.

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« Je n’étais pas en situation de conflit d’intérêts et je ne suis pas en situation de conflit [d’intérêts]. Je me suis excusé à cause de la perception », a plaidé Justin Trudeau durant son témoignage historique devant le Comité permanent des finances, jeudi.

Mais, en matière de conflits d’intérêts, les apparences et les perceptions ont autant d’importance que les faits, car elles portent tout autant atteinte à la crédibilité, souligne Allan Cutler, qui dirige l’organisation Anti-Corruption and Accountability Canada.

 

  • Alain Rayes, lieutenant politique du Parti Conservateur pour le Québec, était sur QUB radio:   

De fait, les fonctionnaires « doivent se préoccuper d’éviter aussi bien les conflits d’intérêts apparents que les conflits d’intérêts réels et potentiels », explique le gouvernement du Canada lui-même dans un document du Secrétariat du Conseil du trésor.

Malgré cela, le premier ministre a indiqué qu’il ne voyait pas de problème à ce que son épouse, Sophie Grégoire Trudeau, voyage aux frais de WE Charity, puisque le Commissaire à l’éthique avait approuvé ces déplacements payés.

 

  • Me Donald Riendeau, fondateur et directeur général de l'Institut de la confiance dans les organisations, était à QUB radio:

La faute aux fonctionnaires

Justin Trudeau ne pouvait dire combien son épouse s’était fait rembourser pour s’être rendue à un événement de l’organisme à Londres en mars. On sait seulement qu’elle a rapporté la COVID-19 en souvenir.

Le premier ministre a aussi indiqué qu’il n’était pas au courant de l’ampleur des revenus engrangés par sa mère et son frère grâce à leur collaboration avec WE.

Pendant 90 minutes, Justin Trudeau a répété qu’il n’avait « absolument rien fait pour influencer » la décision d’attribuer la gestion du programme de bourses canadiennes pour le bénévolat à WE Charity.

Il a expliqué que lorsque la fonction publique lui a soumis le nom de l’organisme comme seul gestionnaire possible de ce programme, il a douté et a demandé des vérifications avant de soumettre la proposition à son cabinet.

« Nous savions que la sélection de l’organisation WE Charity serait scrutée à la loupe », a-t-il dit avant de répéter, encore une fois, qu’il n’avait fait que suivre l’avis des fonctionnaires.

Mais « c’est ultimement aux élus de prendre le blâme publiquement, car ce sont eux qui seront soumis au ballottage aux prochaines élections », a réagi Stéphanie Chouinard, professeure adjointe en science politique à l’Université Queen’s.  

Des discussions en coulisse avant d’aviser le premier ministre   

La chef de cabinet du premier ministre, Katie Telford, a témoigné en vidéoconférence pendant deux heures devant le Comité permanent des finances.
Capture d'écran CPAC
La chef de cabinet du premier ministre, Katie Telford, a témoigné en vidéoconférence pendant deux heures devant le Comité permanent des finances.

Avant que WE Charity ne signe un quelconque contrat avec l’État, des employés du bureau du premier ministre ont communiqué avec cette organisation et elle a eu le feu vert pour dépenser l’argent public.

C’est ce qu’on a pu comprendre jeudi du témoignage de la chef de cabinet du premier ministre, Katie Telford, devant le comité permanent des Finances.

Juste avant elle, Justin Trudeau a déclaré qu’il n’a pas su avant le 8 mai que WE Charity était la seule organisation proposée par la fonction publique pour gérer les bourses canadiennes pour le bénévolat étudiant. Pourtant, la machine était lancée bien avant.

22 avril

Alors qu’une proposition de WE Charity circule déjà auprès de certains ministres et fonctionnaires, Justin Trudeau annonce 9 milliards $ d’aide pour les étudiants.

Un programme de bourse pour le bénévolat est inclus dans cette enveloppe, mais le gouvernement ne sait pas encore qui le gérera. Le premier ministre a déclaré qu’au départ il pensait que Service jeunesse Canada pourrait se charger de cette nouvelle mission.

5 mai

Huit ministres clefs, dont le grand argentier Bill Morneau qui a voyagé aux frais de WE Charity, se réunissent pour discuter de la réponse à la COVID-19. Le programme de bourse pour le bénévolat étudiant est sur la table.

Le directeur des politiques du cabinet du premier ministre s’entretient avec WE Charity. D’autres l’ont fait avant lui, mais Mme Telford a refusé de préciser les dates et la nature des conversations.

WE Charity commence à dépenser pour mettre le programme en œuvre. L’organisme a une entente de contribution en main, mais aucune signature.     

  • Écoutez l'entrevue avec Éric Montigny, professeur de science politique à l’Université Laval où il nous parle de la saga de We Charity et la comparution de Justin Trudeau, à QUB Radio:   

8 mai

Le premier ministre est informé que la seule façon de mettre en œuvre le programme de bourse est d’en confier la gestion à WE Charity sinon il ne pourra pas voir le jour.

Devant ce « choix binaire », Justin Trudeau demande des vérifications. On sait toutefois que les fonctionnaires n’ont consulté aucune autre organisation à cette étape et que les états financiers de WE n’ont pas été vérifiés. 

21 mai

L’entente entre le gouvernement et WE Charity est approuvée au Conseil des ministres.

23 juin

WE Charity signe l’entente qui lui confie une enveloppe de 500 M$ à distribuer aux étudiants bénévoles. Pour s’acquitter de sa tâche, l’organisme peut dépenser et se faire rembourser jusqu’à 43,5 M$. 

L’affaire WE Charity en 9 dates  

25 juin 2020

Justin Trudeau annonce la création de la Bourse canadienne pour le bénévolat, un programme de 912 millions $, qui sera administré par WE. 

26 juin 2020

Questionné sur ses liens avec WE, Justin Trudeau se défend et soutient que c’est la fonction publique qui a choisi l’organisme pour gérer la bourse.

3 juillet 2020

L’entente entre Ottawa et WE est annulée. Une enquête du Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique sur l’implication du premier ministre Justin Trudeau est lancée.  

9 juillet 2020

WE confirme que des honoraires ont été versés à la mère de Justin Trudeau, Margaret (312 000 $), à son frère Alexandre (40 000 $) et à sa femme, Sophie Grégoire Trudeau (1400 $), pour des apparitions lors d’événements au cours des dernières années. 

13 juillet 2020

Justin Trudeau et Bill Morneau s’excusent de ne pas s’être retirés des discussions entourant la gestion de la bourse par WE Charity alors que leurs familles entretiennent des liens avec l’organisme.  

16 juillet 2020

Annonce d’une enquête du Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique sur Bill Morneau.

22 juillet 2020

Bill Morneau déclare en comité qu’il a remboursé à WE 41 000 $ en frais de voyages. Le Commissaire à l’éthique élargira plus tard son enquête déjà lancée sur le ministre pour inclure cet élément.

25 juillet 2020

Le Journal rapporte que la mère de Justin Trudeau, Margaret Trudeau, a aussi voyagé avec WE Charity en 2019 à l’occasion d’un voyage au Kenya pour inaugurer un collège WE. 

28 juillet 2020

Les cofondateurs de WE Charity, Craig et Marc Kielburger, déclarent en comité que WE a payé plus de 200 000 $ pour couvrir les frais de déplacement de Sophie Grégoire Trudeau, Margaret et Alexandre Trudeau comme conférenciers. 

8 faits saillants des témoignages  

1. Justin Trudeau savait que l’entente accordée à WE pouvait créer des problèmes de perceptions, mais il assure qu’il ne s’est pas placé en conflit d’intérêts.

2. On ne sait pas si des vérifications ont été faites à savoir si WE Charity était enregistré comme lobbyiste.

3. Le premier ministre affirme qu’il a été mis au courant de l’entente avec WE le 8 mai, soit après que les fonctionnaires aient donné le feu vert à l’organisme.

4. L’implication bénévole de Sophie Grégoire Trudeau avec WE ainsi que ses frais de déplacement ont été approuvés par le Commissaire aux conflits d’intérêts, selon le premier ministre.

Justin Trudeau est arrivé masqué à son bureau jeudi. Témoignant par vidéoconférence au Comité permanent des finances qui tente de faire la lumière sur l’affaire WE Charity, il a assuré que l’organisme « n’a reçu aucun traitement préférentiel ».
Photo AFP

5. On ne connaît toujours pas la teneur et le nombre d’interactions survenues entre le bureau du premier ministre et WE Charity avant la signature de l’entente.

6. Justin Trudeau assure qu’il n’est pas l’ami personnel des frères Kielburger.

Justin Trudeau est arrivé masqué à son bureau jeudi. Témoignant par vidéoconférence au Comité permanent des finances qui tente de faire la lumière sur l’affaire WE Charity, il a assuré que l’organisme « n’a reçu aucun traitement préférentiel ».
Capture d'écran CPAC

7. Justin Trudeau ne savait pas que son ministre des Finances avait voyagé en partie gratuitement avec WE, mais il ne s’en étonne pas.

8. Le premier ministre ignorait les problèmes financiers et de gouvernance de WE Charity.