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Les (fé) fans sont essentiels

Réjean Tremblay
Photo courtoisie À la manière du grand entraîneur russe Viktor Tikhonov, Réjean Tremblay se plaçait devant les joueurs pour diriger une équipe d’une ligue de garage.

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J’ai des amis qui ont encore un plaisir coupable à jouer dans des ligues de garage. Ils se retrouvent le samedi tôt ou un soir de semaine et disputent un match de hockey passionné. Sans spectateur, sans télévision, sans commentateur dans un studio à 650 kilomètres pour décrire les exploits des héros du samedi.

 Même que j’ai eu un fun noir à diriger une équipe dans la Ligue EGD. Le dimanche soir, à Ste-Thérèse en Haut. EGD, c’était pour école Gustave-Desjardins. Je pense que la ligue de hockey a duré plus longtemps que l’école.

 Si vous regardez soigneusement la photo de votre coach préféré, vous allez remarquer l’influence de mes voyages en Union soviétique. J’avais le style Viktor Tikhonov, l’acariâtre patron de l’Armée rouge. Debout devant les joueurs.

  Je devais tirer le meilleur de Bill, Gobu, Ti-lou et Big Marc, le seul défenseur radié à vie de la LEGD pour rudesse répétée. Et quand j’écris rudesse, je me permets une litote.

 Et la foule, composée de trois blondes de joueurs, plus une sœur et une cousine, créait une ambiance débile. Tous les arbitres finissaient par se faire traiter de gros porc. 

 Ça, c’est de l’atmosphère. 

L’énergie des partisans

 Sérieux, j’aurais eu moins de thrill à être derrière le banc du Canadien mardi soir à Toronto. C’était beau. Les rideaux étaient superbes. L’éclairage très bon. 

 Mais c’est mardi soir qu’on a réalisé que les joueurs avaient besoin des partisans pour s’enflammer. Jonathan Drouin avait raison en disant après le match que c’était plus excitant une rencontre atome BB à Mont-Tremblant que le hockey aseptisé de mardi. Un match digne d’une ligue de garage de luxe !

La LNH a censuré ses propos, mais quelques vaillants reporters ont réussi à faire passer à l’Ouest la déclaration de Drouin.

 Il faut dire que les joueurs ont tenté de sauver le spectacle. Mais la vérité, c’est qu’ils n’ont pas eu droit à un vrai camp d’entraînement. D’habitude, ils se préparent en août, ont un dernier tournoi de golf, s’entraînent quatre jours et se tapent huit ou neuf matchs de préparation devant 20 000 amateurs au Centre Bell, 18 000 au Centre Vidéotron et plus de 10 000 à Ottawa et Halifax. 

 Faut vraiment manquer de cœur pour ne pas faire d’effort devant 20 000 jeunes qui s’époumonent d’amour. Mardi, y avait personne, même pas Chantal Machabée. 

 Et la rouille a paru. Les réflexes n’étaient pas à point, la concentration était déficiente. Pas de concentration plus pas d’énergie plus pas de talent égalent hockey plate. Jean Perron l’a déjà dit.

 Et puis, avec 20 000 fans qui auraient hurlé après la mise en échec contre Alex Belzile, y a peut-être un Glorieux qui se serait rappelé qu’il était impliqué dans un match de hockey. 

 Allez dire trois mots à son bourreau. Pour lui demander de se garder une petite gêne.

Victoire stratégique

 N’empêche que je suis satisfait de cette victoire « stratégique » du Canadien. 

J’ai prédit que le CH battrait les Penguins en trois petits matchs. Comme me l’expliquait la préposée du IGA hier, « va falloir les pogner flat foot ». Je partage cette fine analyse. Claude Julien a été génial mardi ; l’idée de faire jouer Jordan Weal 5 minutes et 11 secondes en avantage numérique, pour être certain de ne pas donner d’informations secrètes aux Penguins, tenait de la haute voltige. Et quel plan machiavélique que de faire jouer Phillip Danault quatre minutes de moins que Max Domi et Nick Suzuki. 

Personne ne s’est ainsi rendu compte que Danault, Gallagher et Tatar s’étaient fait rosser par le premier trio des Maple Leafs. Ils ont terminé la soirée à -8. 

En camouflant Danault, Julien a sans doute provoqué un coûteux excès de confiance chez Sidney Crosby et Evgeni Malkin. Encore un trait de génie de notre Tikhonov local.

 Je vous le dis, le CH en trois. Et je suis pessimiste. 

 Ce long match de préparation va permettre à nos p’tits gars de surprendre les Penguins. Pensez-vous une seule seconde que depuis hier mardi 22 heures, y a un joueur des Penguins qui est inquiet ?

 On va les pogner « flat foot », vous allez voir. 

Le sport et la religion : même mépris 

Du pain et des jeux, criaient les Romains en sortant du Colisée de Rome. La religion est l’opium du peuple, a écrit Karl Marx. Le sport est le nouvel opium du peuple, ont soutenu plusieurs philosophes après certaines victoires en Coupe du Monde.

 Ben, au Québec, y en a pas de problème sur le choix de son opium. Horacio Arruda et Richard Massé envoient tout promener. D’égale façon. Avec un mépris bien senti et un silence assassin.

 Hier, ce n’est pas Camille Estephan qui s’est plaint. Ni François Dumontier. Ni Mario Cecchini qui a envoyé son plan pour les Alouettes à la Santé publique le 30 juin et qui attend encore un retour. Genre. Monsieur Cecchini, merci de nous avoir écrit.

L’archevêque hausse le ton

Hier, dans des médias, c’est Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, qui a fustigé les dirigeants de la Santé publique.

 Mgr Lacroix a déposé un plan d’action pour rouvrir les églises et permettre des services religieux avec plus de 50 fidèles en respectant les normes de distanciation. Les temps sont durs et la foi peut aider les croyants. 

 Depuis, c’est fuck off pour l’archevêque ! La Santé publique ne lui a jamais parlé. Il a été incapable d’obtenir la moindre réponse. Même traitement à ses confrères musulmans. 

 Quand c’est rendu qu’un archevêque et un promoteur subissent le même mépris, ça veut dire qu’à part les docteurs, y a personne qui mérite le respect dans cette nouvelle façon de diriger le bon peuple. 

 Heureusement, mes docteurs à moi sont les plus gentils du monde. Mais ils ne sont pas à la tête de la Santé publique.

 Eux autres, ils soignent et ils opèrent.