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Monsieur le Ministre, l’attente a assez duré

Simon Jolin-Barrette, Ministre de la Justice
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés Simon Jolin-Barrette, Ministre de la Justice

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Sous prétexte que le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages (FICAV) ne peut consacrer plus de 60 % de l’argent qu’il a dans ses coffres à un même événement, les 32 600 clients victimes de l’annulation de leurs voyages à cause de la pandémie de la COVID-19 risquent de ne pas se faire rembourser la totalité de leurs réclamations.

Selon le porte-parole de l’Office de la protection du consommateur (OPC), Charles Tanguay, les réclamations des consommateurs pour les voyages annulés en vertu de la COVID totalisent actuellement les 100 millions de dollars.

Or, pour rembourser la totalité de cette somme, il faudrait que le FICAV, lequel fonds gouvernemental est géré par l’OPC, détienne dans ses coffres au moins 167 millions de dollars. Ce qu’il n’a manifestement pas : selon les données de mars 2019, il lui manquerait 25 millions de dollars pour atteindre ce niveau.

À cause de la fameuse règle du 60 %, aucun des 32 600 clients victimes de l’annulation de leurs voyages n’a été remboursé jusqu’à présent, même si l’achat de ces voyages annulés remonte avant le 13 mars dernier, jour où Affaires mondiales Canada diffusait l’avertissement officiel aux voyageurs leur recommandant d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du Canada.

  • Michel Girard était à l'émission de Pierre Nantel sur QUB radio:

Les voyageurs poireautent

Après quatre gros mois d’attente, le dossier des demandes d’indemnisation des voyageurs est en cours d’analyse au bureau du ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, lequel est responsable de l’OPC.

Quand le ministre entend-il donner une réponse en ce qui concerne la décision du gouvernement de renflouer ou pas les coffres du FICAV ?

Réponse de son attachée de presse, Élisabeth Gosselin : « La question de l’indemnisation des consommateurs est un enjeu complexe qui découle d’une crise sans précédent liée à la situation unique de la COVID-19... Notre objectif est de nous assurer de protéger les intérêts des consommateurs tout en sauvegardant les emplois de l’industrie touristique et de l’aéronautique ».

Mesure exceptionnelle

Face à cette « crise sans précédent liée à la situation unique de la COVID-19 », je crois que de tous les scénarios sur lesquels planche le ministre Jolin-Barrette, c’est celui de l’indemnisation totale des victimes qui devrait être retenu.

Et voici pourquoi.

Le FICAV est un fonds géré par l’OPC, lequel est sous la responsabilité du ministre de la Justice.

Un tel fonds gouvernemental ne peut pas se permettre de laisser momentanément tomber les clients de l’industrie du voyage pour laquelle il a été créé, et dont le mandat est d’assurer la protection financière des voyageurs. Une question de crédibilité 101 pour le gouvernement caquiste.

Comme le gouvernement de François Legault a déjà adopté dans le cadre de la COVID-19 plusieurs mesures exceptionnelles d’aide financière, il se doit de prévoir une mesure pour dédommager totalement les 32 600 voyageurs dont les voyages ont été annulés.

Laquelle ? Le gouvernement Legault pourrait soit passer outre l’application de la règle du 60 % qui plafonne les indemnisations ou tout simplement injecter dans le FICAV les 25 millions $ manquants pour indemniser totalement les victimes.

Quitte à se faire rembourser plus tard par l’industrie des agents de voyages.