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Nos séries télé crient famine

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Même si elles sont subventionnées, en apparence très généreusement, nos séries de télévision francophones n’arrivent plus à concurrencer les séries anglophones.

L’écart de financement entre les unes et les autres ne cesse de se creuser. L’écart fut longtemps du simple au double, mais ce n’est plus le cas. Actuellement, le budget de production d’une série anglophone atteint jusqu’à quatre fois celui d’une série francophone.

Dans les circonstances, qu’une série québécoise réussisse à se hisser au palmarès de festivals aussi prestigieux que ceux de Banff, La Rochelle ou Berlin tient du miracle. Ce succès, on le doit à la créativité exceptionnelle de nos concepteurs et aux efforts quasi surhumains qu’on demande à nos équipes techniques. Celles-ci sont mieux rémunérées lorsqu’elles sont affectées à des films ou des séries américaines qu’on tourne au Québec.

LES MÊMES CACHETS DEPUIS 10 ANS

À l’exception d’un petit nombre de vedettes qui touchent des cachets plus généreux, même s’ils sont moindres que ceux des vedettes anglophones, les acteurs et les actrices qui interprètent de petits rôles reçoivent des cachets qui n’ont pas changé depuis une décennie. Leurs conditions de travail sont extrêmes. Producteurs et diffuseurs cherchent aussi à tirer tout ce qu’ils peuvent d’une série qui obtient du succès.  

L’audacieuse et très originale série C’est comme ça que je t’aime de François Létourneau et Jean-François Rivard aurait dû s’arrêter après six ou sept épisodes. La suite est redondante et le procédé d’écriture finit par lasser. On parle néanmoins d’une deuxième saison et même d’une trilogie. Bonne chance ! 

L’émouvante série Fugueuse de Michelle Allen a-t-elle gagné à avoir une suite ? Écrite dans la précipitation, la deuxième saison a dérouté plus d’un fidèle spectateur. M’entends-tu?, la poignante fiction aux accents documentaires de Florence Longpré, mérite amplement de se retrouver sur la plateforme web de 190 pays que lui a offerte Netflix. Jusqu’où pourra-t-on prolonger la série sans l’affadir ou rompre son charme ? 

Vendre à l’étranger pour amortir le coût de nos séries n’est qu’une partie de la solution. Leur exportation n’est pas gratuite, car les frais de vente et les commissions à payer sont élevés. Malgré tout le mal qu’on peut dire de Netflix, ses 183 millions d’abonnés dans près de 200 pays représentent un débouché en or pour nos séries. C’est de loin la façon la plus expéditive d’en amortir le coût et même d’en tirer un profit.

ASSURER L’AVENIR DE NOS SÉRIES

Encore faut-il que nos séries soient concurrentielles. Pour l’être, elles doivent être mieux financées et plus réfléchies. Auteurs, acteurs, artisans et techniciens doivent recevoir de meilleurs cachets afin de ne pas enfiler les séries les unes après les autres pour se payer pain et beurre. 

Les droits que paient les diffuseurs francophones sont moins élevés que ceux consentis par les anglophones. Demander aux chaînes privées de payer davantage les amènerait à diffuser moins de séries, car les privées ne roulent pas sur l’or. Radio-Canada aurait les moyens de payer plus, quitte à réduire le nombre de séries à l’horaire. Mais cela fausserait le marché et les privées jetteraient les hauts cris. Elles le font déjà devant la concurrence effrénée de la télé d’État.

La pandémie, qui a stoppé brutalement toute la production audiovisuelle, serait le bon moment pour tous les responsables de réfléchir à de nouveaux moyens d’assurer la pérennité des séries francophones ?