/opinion/columnists
Navigation

Attention: dérapages

L’avenir n’appartient pas aux complotistes.
Photo Didier Debusschère L’avenir n’appartient pas aux complotistes.

Coup d'oeil sur cet article

Je fais ce métier d’écrire et de réfléchir depuis 50 ans. Mais oui ! Ce n’est ni un avantage ni une tare. C’est un fait. Et j’ajoute, brut.

Je constate que la période actuelle est la pire que j’ai vécue en termes de menaces et d’insultes que l’on profère contre des journalistes, entre autres. Et je vais faire une chose que, à une exception près, je ne me suis jamais permise auparavant.

  • Denise Bombardier était à l'émission de Caroline St-Hilaire sur QUB radio:   

Pour illustrer mon propos, voici le courriel qu’un homme m’a adressé cette semaine : « hey LA vielle bitch. çà fait longtemps que tu t’es pas faites fourrée ? T’es frustrée. Trudeau lui t’a t’il bien fourrée au moins. Continue ton bon travail de Fake News à Journal de made. T’es laide et cela est LA premère raison pourquoi tu devrais portée in masque. [sic] » Le courriel est signé « Robert Joly gatineau ».

Mes excuses pour les lecteurs offensés. Mais ce type d’insulte écrit dans une langue qui s’ajuste au contenu aurait été impensable il y a 20 ou 30 ans. La dégradation générale des codes sociaux, de la politesse élémentaire et de la retenue minimale explique ce phénomène.

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Laxisme

Les interdits et les tabous sont maintenant déverrouillés. L’on n’a qu’à écouter les vedettes d’aujourd’hui qui se confient aux médias. Et, bien sûr, à assister aux spectacles de certains humoristes qui avant la COVID faisaient salle comble et accumulaient une fortune en usant d’un vocabulaire et d’un contenu comme ceux de cet énergumène de Gatineau, un fan sans doute des mégastars antimasque, antivaccin et peut-être conspirationnistes à leur manière.

La pandémie actuelle déboussole des millions de gens. La société québécoise, encore tricotée serrée, s’est « décomplexée » de son passé contraint et socialement très encadré. C’est peu dire que la perte de repères est devenue une caractéristique négative. D’ailleurs, les Québécois n’ont que le mot « valeur » à la bouche, mais en connaissent-ils encore le sens ?

Durant le dernier week-end, les mêmes énergumènes qui s’attaquaient aux journalistes insultaient les citoyens masqués qui respectaient la distanciation physique dans la rue ou devant les commerces. Ils brandissaient le drapeau du Québec et celui des Patriotes. Sans doute se croient-ils de « fiers Québécois », alors qu’ils ne sont que de « fieffés Québécois ».

Menace

Le complotisme avec lequel trop de Québécois flirtent est une menace plus grande que ne semblent l’imaginer plusieurs. En France, par exemple, ce courant intellectuellement inquiétant est contrecarré par nombre d’intellectuels et de journalistes toujours marqués par le fascisme, le nazisme et le stalinisme, des idéologies totalitaires qui ont fait des dizaines de millions de victimes.

Le Québec est une petite société dont la mémoire flanche. Le courant mondial rattaché à la pandémie est d’autant plus alarmant qu’il est aussi à nos portes, aux États-Unis où le président affirmait encore hier que l’élection serait truquée par le Parti démocrate. Comprenons qu’il entend en contester le résultat.

Il faut être aux aguets. Ne pas tolérer ceux qui s’acharnent à défier nos institutions démocratiques, notre système légal d’abord. Et cette liberté qu’ils pourrissent en la dénaturant par leur haine et leurs prises de position répugnantes.