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Des nouvelles du Sud

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Nous partageons avec les nations latino-américaines un puissant voisin qui a la fâcheuse habitude de s’immiscer dans nos affaires internes.

Tous les moyens sont bons pour préserver ses intérêts: ingérence, corruption, chantage, menaces, assassinats sélectifs, coups d’État, invasions militaires, etc. Il est capable du meilleur et du pire. Mais au cours des cinquante dernières années, c’est plutôt le pire qui a prédominé.

Un peu d’histoire

L’opération Condor a débuté officiellement au milieu des années 1970, mais les sales manœuvres de la CIA ont commencé bien avant, avec le renversement du gouvernement progressiste de Jacobo Arbenz, au Guatemala, en 1954. 

Le triomphe de la révolution cubaine, en 1959, a provoqué une onde de choc qui a secoué les colonnes de la Maison-Blanche. Aussi bien le sort de ce jeune gouvernement révolutionnaire était lié au développement de nouvelles expériences révolutionnaires en Amérique latine, continent auquel appartient irrémédiablement Cuba depuis les tous débuts, depuis Simon Bolivar et José Marti, d’où le projet du Che d’implanter un foyer de guérilla au cœur de ce continent, en Bolivie, aussi bien l’empire allait tout faire pour écraser la révolution cubaine et éviter que cet exemple se propage tout autour.

L’élection d’un gouvernement socialiste au Chili, en 1970, a surpris tant ceux qui ne croyaient pas possible une telle élection par la voie des urnes, c’est-à-dire sans prendre les armes, que ceux qui s’attendaient au triomphe du statu quo et de la droite. 

On allait donc s’activer pour écraser cette expérience inédite qui risquait de donner des ailes à ceux qui rêvaient qu’un monde meilleur était possible.

À cette époque, des régimes autoritaires et des dictatures gouvernaient un bon nombre de pays de la région. 

Les corps policiers du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay, du Paraguay, de la Bolivie et du Brésil ont donc eu l’idée de coordonner leurs efforts pour éliminer physiquement les militants de gauche, les mettre hors d’état de nuire, que ce soit en les emprisonnant, en les torturant ou en les faisant disparaître carrément. Ainsi naquit l’opération Condor.

Cette coopération entre les différents services secrets permettait d’échanger des informations sur les opposants de même que l’échange de prisonniers. Les frontières n’existent plus, tout comme les tribunaux lorsqu’il s’agit de combattre les «guérillas marxistes». 

Tout cela, bien évidemment, avec le consentement et l’appui tactique de la CIA, qui avait formé les principaux dirigeants des forces secrètes de ces régimes dans son quartier général de Langley, aux États-Unis. 

En Argentine, par exemple, on estime à 30 000 le nombre de «disparus». L’armée organisait, la nuit, ce qu’on a appelé des «vols de la mort», au cours desquels les détenus maintenus sous sédatif étaient jetés du haut des airs au-dessus du Rio de la Plata, à l’embouchure de la mer. Ni vu ni connu.

Puis le triomphe des sandinistes au Nicaragua, en 1979, qui a forcé le dictateur Somoza à s’enfuir du pays, est de nouveau venu bouleverser la donne. La CIA a alors mis au point le Plan Calypso, une annexe, en quelque sorte, de l’opération Condor. 

De 1980 à 1990, elle a armé, formé et dirigé, à partir du Costa Rica et du Honduras, les forces d’opposition, la CONTRA. 

Pour financer cette sale guerre, elle utilisait les revenus du trafic de drogue entre la Colombie et les États-Unis, comme cela a été démontré lors de la Commission d’enquête du Sénat présidée par John Kerry. Cette guerre, la dernière du XXe siècle, a fait plus de 50 000 morts. Mais le jeune gouvernement sandiniste a survécu.

Aujourd’hui

Si hier, les tactiques de la CIA dans le cadre de l’opération Condor pour écraser les forces de gauche étaient illégales et plus ou moins secrètes, aujourd’hui la répression opère à visière levée. 

On l’a vu au Brésil avec les fausses accusations contre Lula, on s’est essayé contre Cristina Fernandez en Argentine, cela s’est répété en Bolivie avec le coup d’État mou contre le président Evo Morales, tout comme en Équateur pour empêcher Rafael Correa de se représenter aux élections. 

Washington ne se cache pas pour dire qu’il veut la tête du président Maduro en offrant même une prime de quinze millions de dollars. 

Quant à Cuba, la Maison-Blanche a durci le blocus considérablement et elle menace d’amendes de millions de dollars les entreprises qui font affaire avec le gouvernement socialiste et même les pays qui demandent l’aide médicale de l’île socialiste.

L’opération Condor a changé de vêtements, mais elle menace encore et toujours ceux qui rêvent d’un monde meilleur.