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Gisèle Halimi et les «harkis» du féminisme

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Gisèle Halimi, avocate et féministe française remarquable, est morte en cette fin de juillet.

Cette femme, disait Claudine Legardinier, journaliste, en 2009, n’était pas tendre envers les féministes qui défendaient la prostitution. Mme Halimi répugnait même à dire qu’elles étaient féministes.

Arguant que, s’il y avait eu des progrès pour condamner le viol, il en était autrement de la prostitution, des femmes ayant épousé la vision libérale du «libre choix»! 

«Car au gigantesque conditionnement social, s’ajoute le poids de celles que j’appelle les “femmes harkis”, celles qui se font les complices du pouvoir masculin, qui font les choses que les hommes veulent faire contre les femmes...» 

Rappelons que, pendant la guerre d’Algérie, les harkis étaient «des militaires algériens engagés dans une milice aux côtés des Français». 

Des agents de l’ennemi

Le terme est fort, mais comment nommer ces femmes, ces féministes qui se rangent derrière le lobby proprostitution sans égard aux conséquences sur toutes les femmes? Comment nommer ces médias qui ont une inclination pour les groupes proprostitution, montrant même des images hypersexistes de femmes offertes aux plus offrants, comme l’ont fait plusieurs médias pendant les débuts de la COVID? Comment nommer ces chercheuses, chercheurs, journalistes-«féministes», écrivaines-«féministes» «populaires» qui se laissent autant aveugler par le patriarcat? Soulignant le «libre-choix», l’«empowerment», la «créativité» de l’«entrepreneurship» et même de l’ «agentivité» supposée des femmes dont on marchande le corps?

Lors du procès de Bobigny pour l’avortement en 1972, Gisèle Halimi livre un plaidoyer exceptionnel. Elle dit, entre autres: «Cette loi, Messieurs, elle ne peut pas survivre et, si l'on m'écoutait, elle ne pourrait pas survivre une seconde de plus: pourquoi? Pour ma part, je pourrais me borner à dire: parce qu'elle est contraire, fondamentalement, à la liberté de la femme, cet être, depuis toujours opprimé. La femme était esclave disait Bebel, avant même que l'esclavage fût né.»

Et pour elle, la prostitution était un esclavage moderne dont on parle, à tort, comme du «plus vieux métier du monde».

Le corps humain ne peut être marchandé: «Accepter la prostitution ou les mères porteuses, c’est créer des catégories de femmes construites sur l’argent. Ce n’est pas supportable!» disait-elle aussi. Et indubitablement, ces femmes qu’on marchande, celles qui portent les enfants pour d’autres, celles qui satisfont les fantasmes et les désirs, souvent pervers, des prostitueurs, ne sont jamais les femmes riches!

En 2003, lors des débats sur les signes religieux dans les écoles en France, Gisèle Halimi s’est prononcée pour l’interdiction de ces attributs. Elle a particulièrement parlé du voile. 

Elle rappelait La Convention internationale de New York du 18 décembre 1979, adoptée en France en 1981, visant les comportements anti-sexistes: «Infériorisation atavique que le voile aide, dans ses plis, à intérioriser. Destin alors tracé, parallèle à celui de l’homme, ne se confondant jamais avec lui. Mais éternellement dépendant de son autorité, de son pouvoir, de sa sexualité. Par le voile, la femme est reléguée dans un véritable apartheid sexuel. Que devient dans ces conditions l’égalité entre les sexes, principe constitutionnel, valeur républicaine? Que reste-t-il de la dignité de la femme, asphyxiée sous le voile, bâillon et symbole à la fois?»

Tout en remerciant Gisèle Halimi pour son immense contribution à l’avancement des droits des femmes, Titiou Lecocq écrivait dans Slate.fr, cette semaine, que Mme Halimi savait que tout est politique et qu’elle utilisait largement le politique lors de ses procès: «Mais Gisèle Halimi savait que tout est politique. Que quand on juge une affaire de viol, les textes de loi (et leur application) sont le fruit d'une époque et peuvent être modifiés, influencés, transformés, et que pour obtenir l'évolution de l'appareil législatif, il est très efficace de passer par la médiatisation de certains procès.»

Comme on aurait besoin de telles femmes pour que justice soit faite face aux agressions sexuelles toujours trop nombreuses et trop souvent impunies.

Combien de féministes et de groupes féministes peuvent ici se revendiquer aujourd’hui du combat de Gisèle Halimi?

 Johanne St-Amour, féministe