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Pandémie meurtrière et report d’élections, un cocktail explosif en Bolivie

Pandémie meurtrière et report d’élections, un cocktail explosif en Bolivie
Photo AFP

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En Bolivie, où la pandémie de COVID-19 fait rage, au point que la police ramasse les cadavres dans la rue, les manifestations des partisans de l’ex-président Evo Morales ont repris depuis l’annonce d’un nouveau report des élections, faisant craindre une flambée de violence.

Dans ce pays andin, le souvenir du scrutin contesté d’octobre 2019 est encore frais. 

Au pouvoir depuis 2006, Evo Morales s’était alors proclamé vainqueur de la présidentielle pour un quatrième mandat, mais l’opposition avait crié à la fraude. Après des semaines de manifestations, le président indigène avait démissionné début novembre et fui la Bolivie, lâché par la police et l’armée. 

La page Morales semblait tournée. Mais huit mois plus tard, son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), continue de contrôler le Parlement et de peser sur la politique nationale. «Je pense qu’il [Morales] va continuer à jouer un rôle important, dans la mesure où il est toujours un facteur de polarisation politique dans le pays», estime la sociologue Maria Teresa Zegada.

Mardi, quelque 5000 mineurs et indigènes sympathisants de l’ancien chef de l’État de gauche Evo Morales (2006-2019) ont défilé dans la ville d’El Alto, sur les hauteurs de La Paz, agitant drapeaux boliviens et les «whipalas», le symbole multicolore des peuples Aymara et Quechua, pour dénoncer le report des élections générales.

Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au gouvernement de la présidente par intérim de droite Jeanine Añez, et au Tribunal suprême électoral (TSE). Celui-ci a décalé, la semaine dernière, le scrutin du 6 septembre au 18 octobre en raison d’une escalade des cas de COVID-19.

Il s’agit du deuxième report, en raison de la pandémie, le vote étant initialement prévu pour le 3 mai.

Mais à la différence des fois précédentes, ni les partis ni le Parlement n’ont été consultés par les autorités électorales pour fixer la nouvelle date du vote. Pour le constitutionnaliste Ivan Lima, le report du scrutin a entraîné une «confrontation entre les organes de l’État et une crise institutionnelle».

Pic en septembre

«La date des élections du 6 septembre doit être respectée», déclarait mardi à El Alto un responsable des mineurs, Lucio Padilla. «Nous ne pouvons pas permettre la manipulation du droit. Nous avons l’obligation de défendre la démocratie», a-t-il ajouté. Des marches similaires ont eu lieu dans les villes de Cochabamba et Cobija.  

Les partisans d’Evo Morales estiment que les élections ont été reportées parce que leur candidat à la présidence, Luis Arce, est en tête dans les sondages. Ils prédisent des «convulsions sociales» en cas de maintien du report du scrutin, tandis que l’ex-président exilé à Buenos Aires accuse le pouvoir en place de «gagner du temps». 

Le MAS a annoncé des blocages de routes à partir du 3 août. 

Le politologue Marcelo Silva met en garde contre une situation de plus en plus conflictuelle, même si ce qui va arriver «va dépendre de [l'évolution] de la pandémie». 

De leur côté, les secteurs conservateurs voient avec inquiétude un retour du MAS au pouvoir un an après sa chute. 

Pays de 11 millions d’habitants, la Bolivie compte à présent près de 74 000 cas de contaminations à la COVID-19 pour plus de 2800 décès. La présidente par intérim et sept de ses ministres ont contracté le virus en juillet. Et le pire reste à venir: selon les experts, le pic est attendu pour septembre.

Pas un jour sans que la télévision ne diffuse des images de la police ramassant les cadavres dans les rues, les voitures et les maisons. 

Entre le 15 et le 20 juillet, les agents ont ramassé plus de 400 cadavres dans toute la Bolivie, dont 85% étaient morts de la COVID-19, a annoncé le directeur national de la Force policière contre le crime (FELCC), Ivan Rojas.

Les hôpitaux et les morgues sont dépassés. À Oruro, une vingtaine de cadavres ont été enterrés dans une fausse commune faute de place ailleurs, ont indiqué mercredi les autorités locales. Même chose à Sucre. À La Paz, un reconfinement strict se profile. 

À la situation sanitaire et politique, s’ajoute comme ailleurs un panorama économique dévasté, poussant plusieurs professions à descendre dans la rue pour réclamer l’aide de l’État.

Selon la Banque mondiale, le PIB de la Bolivie, jusqu’à très récemment un des pays les plus dynamiques de la région, devrait plonger en 2020 de 5,9%.