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Pitié pour les Montréalais

Conférence de presse du gouvernement du Québec, à Montréal
Photo Ben Pelosse Christian Dubé

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Face à la COVID-19, avec l’été et le déconfinement, on semble avoir déjà oublié l’essentiel. Montréal a très durement écopé tout au long de la première vague. Les cas d’infection se comptant par dizaines de milliers.

La propagation communautaire grimpe maintenant à nouveau. Et tous ces morts. Près de 3500 femmes et hommes fauchés à Montréal. Si les CHSLD et résidences privées pour aînés avaient été mieux préparés, combien d’entre eux seraient encore vivants ? La question ne doit jamais nous quitter.

À l’aube d’une deuxième vague, Montréal ne peut pas se permettre de continuer à pâtir des multiples ratés politiques et bureaucratiques qui en ont fait l’épicentre canadien du virus.

Bref, pour le gouvernement Legault, il est minuit moins 30 secondes. Le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, semble bien l’avoir compris.

Le Devoir rapportait hier que sa sous-ministre, Dominique Savoie, lui a remis un rapport sur les « nombreuses lacunes dans la gestion de la crise » à Montréal.

Sortir du déni

Daté du 23 juin, il comprend 24 recommandations visant à y amoindrir la deuxième vague. On semble donc sortir enfin du déni. Le refrain trompeur des derniers mois — « Ça se passe bien sur le terrain » —, personne n’y croit.

Le rapport dénote entre autres les « tensions » et « plusieurs difficultés d’arrimage » — joli euphémisme — entre les méga-CIUSSS de la métropole, la Direction de santé publique de Montréal et le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le résultat, on le connaît : système de dépistage tout croche ; manque criant d’équipements de protection et de personnel, etc. C’est la maison qui rend fou. Qui rend fou, mais qui a aussi beaucoup tué et traumatisé des milliers de familles.

On pourrait y ajouter les moult mouvements d’employés entre les établissements, pourtant d’évidents vecteurs de propagation du virus. Le temps perdu avant d’imposer le masque dans les lieux publics clos.

À la mi-mars, le gouvernement, selon Radio-Canada, aurait aussi refusé d’imposer aux employés de l’État, dont ceux de la santé, une quarantaine obligatoire rétroactive à la semaine de relâche du 2 mars.

Le temps court

Tout récemment, ajoutons la réouverture des bars, bien qu’ils soient des milieux de contagion. L’inquiétude des experts devant l’autorisation de rassemblements publics de 250 personnes. Le rationnement des masques N95. Etc.

Selon le ministre Dubé, il faudra « mieux arrimer et coordonner la communication, la coordination et la force de frappe de tous les acteurs impliqués au sein du réseau de la santé dans la métropole ».

Dit autrement, en très peu de temps, il lui faudra reconstruire ce que les réformes Barrette ont déconstruit en accouchant d’un réseau monstrueusement centralisé et inefficace. Et ce, même sans situation de crise !

Donnera-t-on aussi les coudées plus franches à la Dre Mylène Drouin, directrice de la santé publique de Montréal ? En mai, elle sonnait déjà l’alarme sur l’échec de la gestion de la pandémie dans la métropole. Elle avait bougrement raison.

En plus des CHSLD, les ressources intermédiaires pour personnes handicapées vulnérables de tous âges, recevront-elles aussi un meilleur encadrement contre la COVID-19, incluant des dépistages à domicile ?

À quelques semaines de la rentrée, le temps court vite.