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«Une bête au Paradis»: des femmes solides et entières

Cécile Coulon
Photo courtoisie, Ed Alcock La romancière, Cécile Coulon.

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Sur une terre, au fin fond de la campagne française, une lignée de femmes est-elle au paradis ou en enfer? Est-on vraiment libre, dans la campagne? Cécile Coulon s’est penchée sur ses questions en écrivant Une bête au Paradis, excellent roman où des femmes fortes se mesurent aux traditions et à la modernité. Forces de la nature, ces femmes courageuses et bien ancrées sont-elles aussi libres qu’on peut l’imaginer? 

Émilienne vit au Paradis, une ferme isolée au bout d’un chemin de terre, dans une région rurale française. Avec pour uniques ressources son courage et sa terre, elle y élève seule ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, devenus orphelins.

Les saisons passent, les années défilent, les enfants grandissent. À l’adolescence, Blanche connaît son premier amour : Alexandre. Leur couple se bâtit tranquillement. Mais lorsqu’ils arrivent à l’âge adulte, les conflits apparaissent, inévitables : Blanche veut rester sur la ferme, mais Alexandre veut partir en ville. Leurs deux mondes se fracassent.

<strong><em>Une bête au Paradis</em><br>Cécile Coulon</strong><br>Guy Saint-Jean Éditeur
Photo courtoisie
Une bête au Paradis
Cécile Coulon

Guy Saint-Jean Éditeur

Cécile Coulon explique en entrevue que le personnage principal de ce roman n’est pas une personne, mais un lieu. «Cette ferme, le Paradis, est inspirée d’une ferme qui existe vraiment : la ferme où est née ma grand-mère, dans un petit village de la Corrèze. C’est un département très agricole où j’ai passé pas mal de temps quand j’étais jeune.»

L’endroit était parfait, évoque-t-elle. «C’est un huis clos, il y a des limites très marquées, c’est un endroit assez coupé du monde et en même temps, sans cet endroit-là, le monde extérieur ne peut pas vivre puisqu’il fournit l’alimentation.»

Le corps des femmes

Elle souhaitait aborder le sujet du corps des femmes dans le milieu agricole. «J’avais vraiment besoin de parler, de décrire, de raconter ce corps, de 5 ans à 85 ans. Déjà, le corps des femmes, c’est compliqué en littérature française, mais en plus, le corps des femmes en agriculture est invisible. On n’en parle quasiment jamais.»

Pour elle, il était important de le faire, parce qu’elle a été élevée par des femmes qui avaient ces corps-là, très forts, très musclés, à la fois très durs et très enveloppants. «Avec le personnage de Blanche, je voulais raconter un personnage qui ne dévie jamais de sa ligne. Si je devais résumer le texte en une phrase, je dirais que c’est Antigone, les pieds dans la bouse.»

Jusqu’au bout

Cécile Coulon ajoute que Blanche ne lâche rien et va jusqu’au bout. «C’est rare. Dans la réalité, on rencontre très peu de gens qui sont comme ça. C’est tellement difficile... Je pense que la littérature est l’endroit où l’on peut se permettre de rêver, ou de cauchemarder, à des gens comme ça, qui vont au bout de leur amour, au bout de leur haine, au bout de leur chagrin.»

L’Auvergne

L’écrivaine de 29 ans est née dans une région rurale, l’Auvergne, une des régions les plus vides et les plus agricoles de France, dit-elle. «Dès le départ, c’est très naturel pour moi de vivre avec les volcans autour de moi, avec la forêt, avec les lacs. Ça a vraiment été mon paysage pendant 20 ans.» 


  • Cécile Coulon, 29 ans, est la nouvelle sensation du milieu littéraire français. 
  • Elle a publié six romans dont Trois saisons d’orage, récompensé par le prix des Libraires, et Les ronces, recueil de poèmes (prix Apollinaire 2018). 
  • Elle est lauréate du prix Le Monde pour Une bête au Paradis