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Les pires lacs du Québec: une fausse embellie

Dossier Lacs du Québec
Photo Martin Chevalier Claude Tremblay tient dans ses mains un plant de myriophylle, cette plante envahissante qui détériore la qualité du lac Trois-Lacs, près d’Asbestos.

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Un lac à cheval entre l’Estrie et le Centre-du-Québec, qui se trouvait dans notre top 15 des pires lacs l’an dernier, semble avoir amélioré son état... du moins sur papier.

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Le lac Trois-Lacs, bordé par les municipalités de Saint-Rémi-de-Tingwik et d’Asbestos, est passé d’eutrophe à méso-eutrophe entre 2018 et 2019, indiquent les suivis de la qualité des eaux.

Mais selon Claude Tremblay, président de l’Association des résidants des Trois-Lacs, ces analyses ne témoignent pas du mal qui ronge le lac : la myriophylle à épis, une plante aquatique envahissante. 

« Il y a trois ans, on avait une centaine de plants et aujourd’hui, c’est vraiment beaucoup plus. Ça pousse jusqu’à 16 pieds de profond », soutient M. Tremblay.

Depuis 40 ans, les activités agricoles et de villégiature et les résidences ont affecté la qualité du lac. Mais M. Tremblay est particulièrement inquiet cet été, car il y a beaucoup d’embarcations à moteur sur le lac, la principale cause de la propagation de la myriophylle. 

« Il suffit d’un fragment de plante dans une hélice de moteur et si on met le bateau dans un nouveau lac, ça prolifère facilement », affirme Antoine Verville, du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec.

Retirés à la main

« Au cours des cinq dernières années, le problème a pris de l’ampleur un peu partout au Québec », ajoute-t-il. 

La myriophylle a été signalée dans 164 plans d’eau et plus particulièrement en Estrie, dans les Laurentides et en Outaouais, selon le ministère de l’Environnement.

« La plante s’étend et tue les autres plantes. Il y a eu plusieurs poissons morts l’an dernier », souligne M. Tremblay.

La Régie intermunicipale de restauration et de préservation des Trois-Lacs a déboursé 20 000 $ pour la faire enlever à la main. 

Deux plongeurs, dont M. Tremblay, sillonneront le fond du lac tout l’été pour retirer manuellement la plante, à sa racine. À ce rythme toutefois, impossible d’envisager d’enrayer la prolifération.

« On se concentre sur le milieu du lac où les bateaux passent et le secteur de la plage publique. Ni les gens ni les élus municipaux sont conscients de l’ampleur du problème », déplore M. Tremblay.

Le lac a aussi vécu un épisode de cyanobactéries l’an dernier, pendant trois jours, au mois d’août. 

« Je suis venu les jambes toutes rouges », se souvient-il.