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L’état des lacs se détériore

Trois de plus sont en état critique, et la COVID-19 vient nuire aux efforts de protection des plans d’eau

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Au moment où les Québécois profitent plus que jamais des lacs, faute de pouvoir voyager à l’étranger, l’état de ces plans d’eau se détériore. Et les projets pour améliorer la situation sont ralentis par la pandémie de COVID-19.

Pour la deuxième année consécutive, notre Bureau d’enquête vous présente un dossier sur l’état des lacs de la province.

Le nombre de lacs en très mauvais état est passé de 15 à 18, tandis que ceux jugés préoccupants, qui nécessitent des interventions, demeurent à près de 200.

Notre classement se base sur les données du Réseau de surveillance volontaire des lacs (RSVL), qui sont les plus exhaustives avec 827 lacs répertoriés sur les quelque 500 000 que compte le Québec. 

Ce réseau repose essentiellement sur des bénévoles et les résultats ne sont que la pointe l’iceberg. 

« Un lac peut être en très mauvais état et ne pas avoir d’organisation pour en faire le suivi, explique Antoine Verville, directeur général du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ). »

La pandémie nuit aux efforts

Et cette année, la surveillance est complexifiée par les mesures sanitaires liées à la pandémie.

« Énormément moins de lacs feront l’objet de suivi à cause de la COVID-19 pour des raisons sanitaires et de disponibilités des ressources dans les laboratoires », explique M. Verville. Des programmes de restauration de lacs ont aussi été mis sur la glace.

Mais plus grave encore, les vacanciers qui souhaitent savoir si le lac où ils se baignent est propice aux algues bleu-vert (cyanobactéries), potentiellement dangereuses, resteront dans l’inconnu.

Depuis quelques années, le ministère de l’Environnement du Québec ne se déplace pratiquement plus pour constater la présence de cyanobactéries. Le dernier bilan sur son site web remonte à 2015. Seulement 5 lacs ont été inspectés en 2019-2020 sur 61 signalements effectués, et trois étaient atteints. L’année précédente, seuls 10 lacs avaient été visités. On est bien loin des 275 lacs inspectés en 2007 pour ce problème précis.

Le ministère explique qu’il se consacre maintenant davantage au « contrôle des sources de pollution en phosphore » (qui se trouve par exemple dans les engrais et les eaux usées) plutôt qu’à « documenter » un phénomène déjà connu.

Il ajoute qu’en 2019-2020, 5247 inspections ont été réalisées sur des ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées et en milieu agricole. Mais ce ne sont pas des inspections sur les lacs.

Démobilisation

S’intéresser aux sources de phosphore responsables des algues bleu-vert est une bonne chose, reconnaît Sebastien Sauvé, professeur en chimie environnementale à l’Université de Montréal, qui mène actuellement un des plus grands projets de recherche sur la cyanobactérie au monde.

Des algues bleu-vert dans le Petit lac Saint-François, en Estrie. Ces algues causent des éruptions cutanées et des problèmes gastriques.
Photo courtoisie
Des algues bleu-vert dans le Petit lac Saint-François, en Estrie. Ces algues causent des éruptions cutanées et des problèmes gastriques.

« Mais l’un n’empêche pas l’autre, nuance-t-il. Cet été, il y aura davantage de personnes dans les chalets et si elles voient des algues apparaître, ça change rien pour elles que le ministère soit en train de faire de mesures dans les fermes, ça ne permet pas de savoir si l’eau est baignable ou pas. »

Aujourd’hui, le ministère ne se déplace que si le plan d’eau est une source d’eau potable et s’il n’y a pas encore eu de signalements de cyanobactéries, notamment.

« De savoir qu’il y a déjà eu des cyanobactéries dans le passé, ça ne dit pas si celles de cette année sont toxiques ou non », explique M. Sauvé.

« Lorsque les associations font un signalement et se font répondre “on ne se déplace plus pour des cas connus”, alors ils ne signalent plus parce que ça ne vaut pas la peine », ajoute M. Verville.

« On a eu la crise en 2006 [...] il y avait une panique, se souvient Julie Grenier, coordonnatrice de projet pour le Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François. Mais on est tombés dans l’autre extrême où les gens se sont désensibilisés et ne signalent plus. Quand le ministère se déplaçait, les gens avaient l’impression que la problématique était plus prise en charge. » 

L’eutrophisation   

  • L’eutrophisation est le phénomène de vieillissement d’un lac.     
  • L’eau d’un lac jeune est plus claire et comporte moins de nutriments comme le phosphore. Plus il vieillit, plus le lac se remplit d’algues et de bactéries, et des espèces aquatiques peinent à y vivre. Il devient alors un marais.     
  • Les activités de l’homme entraînent un vieillissement prématuré. « On le constate dans beaucoup de lacs de villégiature : ce qui aurait pris des millénaires normalement arrive en 50-60 ans », explique Antoine Verville du ROBVQ.     
  • L’eau d’un lac eutrophe n’est plus potable et la baignade peut être dangereuse. Il peut devenir plus propice au développement des fameuses algues bleu-vert, qui peuvent être dangereuses pour la santé (éruptions cutanées, rougeurs, diarrhée et même cancers et perturbations endocriniennes).           

Le quart des lacs a vu son état se dégrader  

Plus d’un lac sur quatre analysé l’an dernier par le Réseau de surveillance volontaire des lacs du Québec a vu son état se détériorer.

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La revanche du lac qu’on croyait mort  

Photo Martin Chevalier

Il y a une douzaine d’années, personne ne croyait possible de sauver le lac Mandeville, dans Lanaudière.

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Une fausse embellie  

Photo Martin Chevalier

Un lac à cheval entre l’Estrie et le Centre-du-Québec, qui se trouvait dans notre top 15 des pires lacs l’an dernier, semble avoir amélioré son état... du moins sur papier.

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Le lac près de chez vous est-il dans un état préoccupant ?  

Photo Martin Chevalier

Dans quel état se trouve le lac dont vous profiterez cet été ? Pour le savoir, notre Bureau d’enquête vous présente une carte interactive regroupant les informations de 827 lacs, compilée à partir des données du Réseau de surveillance volontaire des lacs du Québec.

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Le Conseil québécois de l’eau au point mort depuis sa création  

Photo Martin Chevalier

L’avenir du Conseil québécois de l’eau est compromis avant même que l’organisme ait entamé ses travaux, a appris notre Bureau d’enquête.

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