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Trudeau a toujours raison

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Photo AFP Justin Trudeau : Quel avenir ?

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L’homme est lisse, lisse, lisse. Jeudi, sa performance mise en scène par l’acteur qu’il demeurera jusqu’à la fin de sa carrière politique était sans faille. Ses conseillers, à son image et à sa ressemblance, telle sa directrice de cabinet, une femme explosive sous des dehors de retenue, ont joué d’astuces et d’apparence.

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Leur chef ne savait rien, et ses petits doutes quant au conflit d’intérêts possible à cause de la participation payante de sa famille aux activités de ses « non-amis », les frères Kielburger, ont vite été infirmés par ses fonctionnaires.

Le premier ministre a prétendu une fois de plus qu’il flottait au-dessus des basses contingences. En d’autres termes, WE Charity, l’organisme aux structures plus opaques qu’il n’y paraît, et les liens entre WE Charity et la famille de son ministre richissime Bill Morneau.

La femme de ce dernier, Nancy McCain, appartient d’ailleurs à la grande famille du Nouveau-Brunswick qui détient McCain Foods, la plus grande compagnie de pommes de terre au monde.

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Utilité politique

Bill Morneau est donc un de ces amis que Justin Trudeau apprécie, et s’il n’a pas posé de questions indiscrètes à son ministre dont les filles travaillent pour les frères Kielburger, c’est bien la preuve qu’il lui voue une confiance aveugle, donc politiquement utile.

Il faudrait être bien naïf pour croire que ce énième « scandale » affectera la trajectoire inébranlable de Justin Trudeau. Le comportement des électeurs est à l’image de la nature humaine. Certains d’entre eux, les militants, votent toujours pour le même parti. D’autres changent un jour de camp et deviennent fidèles au parti auquel ils adhèrent, et une proportion de gens, souvent plus politisés que militants, jouent de leur vote selon la conjoncture politique.

Or les partis d’opposition actuels à Ottawa sont tous susceptibles d’être affaiblis par l’éparpillement des votes. Le BQ est par définition un paradoxe. Il ne peut que faire le plein de voix au Québec. Le NPD, déplumé depuis le règne faste de feu Jack Layton, fut le grand perdant de l’élection minoritaire. Qui plus est, ses coffres sont à sec. Et le Parti conservateur, seule alternative réaliste, n’offre à l’électorat que des candidats sans réelle envergure. Une épée de Damoclès est suspendue au-dessus d’eux à cause des candidats antiavortement.

Profil bas

Justin Trudeau, sachant cela, fait profil bas. Cela signifie qu’il va jouer le séducteur, serrer des mains, pleurer devant des groupes de victimes et s’excuser de petites « vétilles » relevées par les médias.

Justin Trudeau pourrait être blâmé pour la troisième fois. Mais selon l’opinion publique canadienne, qui exprime son agacement dans un récent sondage montrant une baisse des intentions de vote pour le PLC, il faudra punir un coupable. Bill Morneau, lui, devrait être sacrifié. Mais dans ces temps horribles pour l’économie, il restera en poste.

Le temps est l’allié de Justin Trudeau. Les conservateurs auront bientôt un chef, et en cas d’élection, le Canada vivra peut-être encore avec un gouvernement minoritaire, libéral ou conservateur. Car Justin Trudeau à l’évidence est désormais condamné à une carrière minoritaire. Coup dur pour son ego.