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Liberté, égalité, laïcité

Notre laïcité
Photo courtoisie Notre laïcité
Nadia El-Mabrouk, Éd. Dialogue Nord-Sud

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Comment s’y retrouver dans ces débats houleux, souvent grotesques, quand ce n’est pas blessants, qui ont entouré l’adoption de la loi 21 sur la laïcité de l’État ?

Nadia El-Mabrouk, professeure d’informatique à l’Université de Montréal, nous fournit tous les éléments d’une réponse nécessaire, avec des textes on ne peut plus clairs et précis, publiés dans différents médias entre 2015 et 2019. La lecture de ce livre nous aidera assurément à fourbir nos armes en termes d’arguments sensés, car le débat est loin d’être terminé, puisque le combat se transportera devant les plus hauts tribunaux.

« Changer de pays et de culture, c’est non pas se renier, mais c’est accepter de laisser à l’entrée celles de nos valeurs les moins compatibles avec celles de la société qui vous donne un privilège qu’elle n’est pas obligée de vous donner. » Ces mots de Joseph Facal, en préface, donnent le ton au livre. Pas question de se laisser abattre par « ceux et celles qui hurlent constamment à l’islamophobie, au racisme et à la discrimination » lorsqu’on s’affiche partisan de la laïcité et de la neutralité de l’État. La raison finira par triompher.

Comment expliquer, dans ce Québec post-Révolution tranquille, cette opposition farouche et violente (verbalement du moins) d’une certaine gauche bien pensante à des principes pourtant élémentaires, comme la neutralité de l’État en matière de religion ou encore l’interdiction du port de signes religieux pour les agents de l’État en position d’autorité, alors que « dans certains pays musulmans [...], des réglementations très strictes sont appliquées à l’encontre du voile intégral qui couvre le visage des femmes, le Maroc allant jusqu’à en interdire la fabrication ». Au Québec, cette grande permissivité favorise l’émergence de groupes religieux qui ne se privent pas d’utiliser la religion à des fins politiques. Comment expliquer qu’ici on associe fondamentalisme religieux à diversité, alors que partout ce concept signifie restriction des libertés et répression artistique ?

L’auteure, citoyenne de culture musulmane, pointe du doigt le concept canadien du multiculturalisme, qui « ne vise pas le rapprochement, mais plutôt la valorisation de la différence et du communautarisme, notamment religieux ». Lorsque Trudeau se déguise en sikh, il ne s’adresse plus à des citoyens mais à des croyants. Le cours d’éthique et culture religieuse qu’on enseigne aux niveaux primaire et secondaire dans nos écoles et qui encourage l’enfant « à faire du profilage ethnoreligieux » participe lui aussi à cette division du monde en religions. 

Censure

Nadia El-Mabrouk rappelle les cas de censure comme lors de la représentation de la pièce de Robert Lepage, SLĀV en 2018, alors qu’un petit groupe d’activistes a forcé le retrait de la pièce de la programmation du Festival de jazz de Montréal, sous le prétexte qu’une Blanche, Betty Bonifassi, n’avait pas le droit d’interpréter des chants d’esclaves noirs. On a qualifié cette œuvre d’appropriation culturelle. Mais Canadian Tire a le droit, lui, de faire la promotion d’une équipe féminine de hockey cosom portant le hijab.

Dans une lettre ouverte à Françoise David, siégeant alors à l’Assemblée nationale, elle lui reproche l’utilisation erronée, abusive et non fondée du terme « islamophobie » : « On lui doit l’une des confusions sémantiques et politiques les plus graves de notre époque : faire croire que résister au fanatisme religieux relève du racisme ».

Bref, ces quelque 30 textes écrits par une personne irréprochable, qu’on ne peut certes pas accuser de racisme, sont autant d’armes théoriques à utiliser à bon escient dans vos prochaines discussions avec l’ennemi qui vous veut du bien.