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Pires lacs: la perte d’expertise du ministère de l’Environnement dénoncée

Dossier Lacs du Québec
Photo Martin Chevalier

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Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) blâme le ministère de l’Environnement pour la surveillance déficiente des lacs de la province. 

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Comme le révélait notre bureau d’enquête samedi, seuls 5 lacs ont été inspectés en 2019-2020 pour y détecter les algues bleu vert, une cyanobactérie. Ce qui ne fait «aucun sens», déplore Line Lamarre, présidente du SPGQ, qui représente notamment des professionnels dans la fonction publique comme des biologistes au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Le ministère réplique que le Centre de contrôle environnemental du Québec a aussi réalisé 5247 inspections des ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées et des installations agricoles pour réduire les apports de phosphore dans les lacs, principale source de pollution.

Il ne s’agit pas d’inspection des plans d’eaux comme telle, et, comme le soulignaient nos experts, cela ne permet pas de savoir si la cyanobactérie venant tout juste d’apparaître sur un lac est toxique ou pas. «Cette quasi-absence d’inspections des lacs au Québec trahit surtout des lacunes en ce qui a trait aux orientations et aux priorités du MELCC», croit plutôt le Syndicat.

«Il y a une grande partie de l’expertise qui s’est perdue, c’est certain, poursuit Mme Lamarre. Il faut faire les suivis des lacs, on parle de protection de santé de la population.»

Selon le Syndicat, le gel d'embauche décrété par le gouvernement pendant trois mois ce printemps en raison de la pandémie, les départs à la retraite non remplacés, et ce, depuis le dernier gouvernement libéral et les contrats des occasionnels qui ne sont pas renouvelés contribuent aux «graves déficiences» en matière de surveillance et de protection des plans d’eau. 

«Ce n’est pas compliqué, une retraite sur deux n’est pas remplacée, illustre Mme Lamarre. Et il y a beaucoup de mouvement [...], mais ça prend des années pour développer une expertise.»

Rapport dévastateur

À son tour, tout comme les partis d’opposition lundi, le Syndicat rappelle que le rapport du commissaire au développement durable s’était montré critique à l’endroit du gouvernement pour sa gestion des eaux, en juin dernier.

Il soulignait notamment que le ministère de l’Environnement n’avait pas les connaissances pour faire une bonne gestion de l’eau, qu’il y avait un manque de cohérence dans les actions gouvernementales, une absence d’actions structurantes et un manque d’appui des organismes de bassins versants. Le manque de surveillance et d’évaluation de l’état des ressources en eau fait en sorte que les citoyens et les élus ne sont pas bien informés sur ces enjeux.

Le directeur général du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec, Antoine Verville, a également affirmé au Journal que, dans les années 80, il y avait de vastes programmes d’acquisition de connaissances sur les lacs pour avoir un portrait exhaustif de l’ensemble du Québec. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.   

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