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Le Far West

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« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres », écrivait George Orwell dans son chef-d’œuvre La ferme des animaux (l’un des dix livres que j’apporterais sur une île déserte).

Cette phrase, écrite en 1945, est toujours aussi pertinente.

Nous sommes tous égaux devant la loi... mais certains citoyens et certaines entreprises sont « plus égaux que d’autres ». 

LES CLÉS DE LA PRISON

Regardez les impôts.

Théoriquement, nous sommes tous obligés par la loi de payer notre juste part d’impôt. 

Mais si vous avez suffisamment d’argent pour vous offrir les services d’un expert en « comptabilité créative », vous pouvez comme par magie échapper à l’emprise du fisc.  

Un prête-nom, une compagnie coquille installée dans un paradis fiscal, un compte bancaire numéroté, des états financiers trafiqués, des prix de transfert manipulés, des sociétés-écrans bidon, un montage financier complexe, et ta-dam, vous êtes en business. 

C’est comme si nous étions tous enfermés dans une prison... mais que certains détenus possédaient un double des clés leur permettant de sortir à leur guise.  

Bonjour l’égalité !

Même chose pour les géants du Web.

Toutes les entreprises doivent respecter les lois du pays où elles sont installées... sauf ces géants multimilliardaires qui se foutent des frontières comme de leur premier million. 

« Quoi ? Les lois du Québec ? Les lois du Canada ? Mais nous sommes des entreprises multinationales, voyons, nous sommes installées partout et nulle part à la fois, nous sommes immatérielles, intouchables, intangibles, vos lois n’ont aucune emprise sur nous ! » 

Comment nos entreprises médiatiques peuvent-elles tirer leur épingle du jeu dans ce contexte ?

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

C’est comme participer à une course contre un adversaire dopé au max alors que tu dois passer des tests antidopage aux demi-heures !

DE LA PORNO SUR INSTAGRAM

Regardez l’histoire que Le Journal a publiée lundi.

En surveillant le compte Instagram de son jeune fils, un homme a découvert que des images de porno juvénile circulaient en toute liberté sur cette plateforme. 

Vous pensez que Facebook (qui possède Instagram) va être blâmée, ou obligée de faire le ménage ?

Non. 

On va dire que c’est « trop complexe ». Qu’on ne peut pas surveiller tous les comptes, les milliards d’images qui circulent chaque jour, que c’est tout bonnement impossible. 

Idem pour les messages racistes, violents ou haineux qui circulent en toute impunité sur les médias sociaux.

Les médias traditionnels sont hyper surveillés, hyper encadrés ; un mot de travers, une expression un peu trop ambiguë, une blague sarcastique mal comprise et on leur tombe dessus à bras raccourcis...

Le Conseil de presse déchire sa chemise, le CRTC sévit, le Conseil canadien des normes s’énerve, la Commission des droits de la personne s’excite...

DEADWOOD

Mais sur internet, tu peux faire tout ce que tu veux. 

C’est le Far West.

Comme Deadwood, la petite ville du Dakota du Sud qui échappait aux lois du gouvernement fédéral, car érigée en 1876 sur un territoire amérindien.

Tout était permis : le meurtre, la prostitution, le jeu...

« Tous les médias sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres... »

Vous le savez, vous le sentez, les gens sont de plus en plus cyniques, colériques, enragés...

Rien de mieux pour alimenter cette rage que des lois qui punissent certains, mais protègent d’autres...