/world/america
Navigation

COVID-19: le Mexique dépasse le seuil des 50 000 morts

MEXICO-HEALTH-VIRUS
AFP

Coup d'oeil sur cet article

MEXICO | Le Mexique a franchi, jeudi, la barre des 50 000 morts de la COVID-19, un bilan bien supérieur aux prévisions du gouvernement du président Andres Manuel Lopez Obrador, ce qui cristallise les critiques sur sa gestion de la pandémie et de la crise économique. 

• À lire aussi: [EN DIRECT 6 AOÛT] Tous les développements de la pandémie

• À lire aussi: Panama & virus: la tension à son comble dans les camps de migrants

Le pays de 128,8 millions d’habitants a enregistré un total de 462 690 cas confirmés et 50 517 décès, selon les dernières statistiques gouvernementales.

Ces chiffres font du Mexique le troisième pays le plus endeuillé au monde après les États-Unis et le Brésil, même si le nombre de morts pour 100 000 habitants (39) le classe au 13e rang, selon des statistiques de l’AFP établies à partir de chiffres officiels.

Le bilan est toutefois bien au-dessus des prospectives du gouvernement qui avaient estimé, fin février, que le nombre de morts la pandémie s’établirait dans une fourchette entre 6000 et 30 000.

En juin, après des mesures de confinement volontaire, le Mexique a progressivement relancé son activité et ces prévisions initiales ont volé en éclats. Depuis, les chiffres n’ont eu de cesse de grimper.

Mais le responsable de la stratégie gouvernementale contre le coronavirus, Hugo Lopez-Gatell, a fait part, cette semaine, de son optimisme, estimant qu’il y avait désormais un «contrôle plus important» de la pandémie.

«Nous avons encore une importante activité épidémique, mais elle a commencé à ralentir en juillet», a-t-il assuré.

Plusieurs professionnels mettent toutefois en doute la réalité des chiffres officiels.

«Le nombre de cas, comme celui des décès, doit être substantiellement plus élevé que ce qui apparaît dans les chiffres officiels, du fait que nous avons pratiqué peu de tests», estime auprès de l’AFP Alejandro Macias, qui avait dirigé, en 2009, la stratégie gouvernementale face à l’épidémie de grippe H1N1.

MEXICO-HEALTH-VIRUS
AFP

«De l’avant»

Ce spécialiste reconnaît toutefois des succès tels que la reconversion des hôpitaux pour faire face à la crise. Mais sur des aspects tels que le nombre de tests effectués, «le Mexique est franchement allé à l’encontre des recommandations internationales», déplore-t-il.

Le gouvernement se défend en affirmant qu’il a dû gérer la crise sanitaire en s’appuyant sur un système de santé abandonné depuis trois décennies, avec des graves pénuries de personnel. Il soutient également qu’aucune preuve concluante ne permet de dire qu’un dépistage massif est une mesure de contrôle efficace.

Alejandro Macias critique aussi le gouvernement pour ne pas avoir suffisamment encouragé l’utilisation de masques. Après en avoir relativisé l’efficacité dans un premier temps, M. Lopez-Gatell considère désormais le masque comme une «mesure auxiliaire» contre la propagation.

Le chef de l’État lui-même, qui a limité ses apparitions publiques, n’a été vu avec un masque qu’une seule fois, lors d’un voyage récent aux États-Unis où il a rencontré son homologue Donald Trump.

Autre sujet de critique, la gestion gouvernementale de la crise économique, alors que la pandémie a durement frappé la deuxième économie d’Amérique latine.

Les prévisions de la Banque centrale du Mexique font état d’une contraction de 10% du produit intérieur brut (PIB) pour 2020.

Lors de la publication de ces chiffres fin juillet, le président Lopez Obrador a affirmé que de tels résultats étaient attendus et que d’autres indicateurs montraient que le pays allait «de l’avant».

Le secteur privé a cependant critiqué l’absence d’une politique de soutien pour faire face aux conséquences de la crise, alors que le chef de l’État a dit ne pas vouloir endetter davantage le pays.

Dans un rapport, la banque américaine Bank of America Merrill Lynch estime pourtant que «les dépenses consacrées à des politiques qui aident les personnes et les entreprises à faire face à l’impact de la pandémie peuvent accroître la productivité et induire une reprise plus forte».

Malgré la crise, le président de gauche, au pouvoir depuis décembre 2018, conserve une cote de popularité de 58%, selon un sondage du quotidien El Financiero réalisé en juillet.