/weekend
Navigation

Déroutant jusqu’au bout!

<strong><em>Le complexe de Salomon</em><br>Hélène Vachon</strong><br>Alto<br>104 pages
Photo courtoisie Le complexe de Salomon
Hélène Vachon

Alto
104 pages

Coup d'oeil sur cet article

L’absurdité du monde se décline de bien des manières. Hélène Vachon le montre habilement à l’aide de personnages bien différents les uns des autres, mais qui tous vont au bout de leur illogisme.

Avec Le complexe de Salomon, Hélène Vachon, qui a une foule de romans jeunesse et quelques-uns pour adultes à son actif, signe un recueil de nouvelles passablement déroutant.

Elle met en scène des situations singulières, parfois à la limite du réalisme. Mais c’est bien parce que rien ne se passe comme prévu qu’on est séduit par les multiples clins d’œil que nous envoie l’auteure.

Son exploration de la gentillesse, dans deux des 12 nouvelles du livre, fait particulièrement mouche.

Dans la première, intitulée « L’arrêt 139 », on accompagne un détenu qui sort de prison, tout fin seul à attendre l’autobus. Mais seul, il ne le sera pas longtemps et l’inconfort s’installera rapidement.

L’autre nouvelle, « Suspect », met en scène un homme si courtois et aimable qu’il en atteint la sainteté. Et ça complique drôlement la vie de son entourage ! 

Dans les deux cas, on sourira des retournements de situation. En fait, Hélène Vachon a le don de pousser aux extrêmes les protagonistes de ses récits, ce qui permet de dépasser les apparences, en faisant voir des conséquences insoup-çonnées.

Une bouteille qui parle 

Rien ne l’illustre mieux que la nouvelle « Intelligence artificielle » qui met en vedette une bouteille d’eau nouveau genre : elle parle ! Et c’est pas reposant – pas plus au fond que ne l’est notre réalité de gens constamment connectés aux prouesses technologiques modernes.

Mais même le plus prosaïque trouve sa place dans le recueil. Vous pensez, vous, que c’est facile de vous débarrasser de livres ? Essayez donc d’en mettre des centaines aux poubelles sans créer de remous ! Le narrateur de la nouvelle « Boomerang, ou comment se débarrasser de ses livres sans y arriver » en fera toute une démonstration. 

À cette nouvelle très amusante répondent d’autres au ton plus sarcastique (ah ! ce perturbant gardien de prison de « Sous haute surveillance » !) ; philosophique, sur la quête du bonheur ou du silence par exemple ; ou mélancolique. 

Ainsi de la nouvelle qui fait voir le « Désenchantement » – c’est le titre – du grand écrivain autrichien Stefan Zweig, exilé au Brésil pendant la Deuxième Guerre mondiale. Juste avant son suicide, l’auteure lui fait tristement constater : « Le devoir de l’exilé est de recommencer. De recommencer et de perdre la mémoire. » Mais si on n’y arrive pas ? C’est aussi triste qu’implacable.

Curieusement, la nouvelle la moins facile à appréhender est celle qui donne son titre au recueil. S’y confrontent l’aisance et la pauvreté, mais les protagonistes du récit n’emportent pas notre adhésion et le message se perd. 

Sinon, Hélène Vachon sait cerner l’émotion à décortiquer et l’aboutissement à lui donner. Et sa manière de nous entraîner trop loin ne manque jamais d’humanité. Un équilibre que le roi Salomon ne renierait pas !